Des scénarios contrastés mais un constat commun : la formation est désormais stratégique
Aux 26e Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, la place que doit occuper l'intelligence artificielle dans les entreprises a concentré l'attention. Plusieurs intervenants ont exposé des trajectoires possibles du développement de l'IA sur l'emploi et la productivité, mais tous ont convergé sur un point : sans efforts de formation, les gains restent hypothétiques et les risques sociaux augmentent.
Trois trajectoires envisagées pour l'emploi
L'économiste Patrick Artus a présenté trois scénarios — simplifiés ici — sur l'impact potentiel de l'IA :
| Scénario | Effet attendu sur l'emploi |
|---|---|
| Remplacement massif | Automatisation de nombreux postes |
| Enrichissement du travail | Création nette d'emplois grâce à de nouvelles tâches |
| Neutralité | Effets équilibrés, peu de variation nette |
Artus a par ailleurs noté, à partir d'observations aux États-Unis, que les secteurs les moins exposés à l'IA continuent de générer le plus d'embauches — un signal pertinent pour les politiques publiques et les entreprises.
Des dirigeants prudents mais résolus sur l'accompagnement
Les retours d'expérience de dirigeants ayant déjà engagé des projets d'IA montrent que l'outil dépasse largement le simple remplacement mécanique des tâches. Selon Fabrice Desnos, administrateur d'Allianz Trade, il convient de rester mesuré face aux prévisions d'une «choc rapide et massif de productivité» :
«sur le choc rapide et massif de productivité»
La prudence exprimée souligne que l'intégration de l'IA exige des transformations organisationnelles et des investissements non seulement technologiques mais humains.
Formation : comparaisons et enjeux concrets
Pour certains patrons, l'IA provoque déjà des mouvements contrastés sur l'emploi : recrutement sur de nouveaux profils et suppression de postes moins adaptés. Niccolo Ubertalli, directeur du groupe CCF, a résumé la nécessité d'accompagnement par une image parlante :
«l’IA est comparable à une voiture de course»
La métaphore illustre l'idée que, sans pilote entraîné, la technologie peut être dangereuse ou inefficace. Dès lors, la formation des salariés apparaît comme la condition pour transformer la promesse d'efficacité en gains réels pour l'entreprise, ses clients et ses salariés.
Conséquences pour les secteurs, les salariés et les clients
- Secteurs : ceux qui se digitalisent rapidement devront repenser les organisations et les processus pour capter les bénéfices de l'IA ; les secteurs moins exposés continueront d'embaucher mais ne sont pas à l'abri d'évolutions.
- Salariés : la transition réclame des compétences nouvelles (maîtrise des outils, compréhension des limites et des biais), d'où la nécessité d'un plan de formation massifié et adapté aux différents métiers.
- Clients : une adoption mieux encadrée promet des services plus efficaces et personnalisés, mais pose des exigences en matière de transparence et de qualité de la relation.
À l'heure actuelle, nous sommes encore au tout début de l'ère IA, comme l'ont rappelé plusieurs intervenants. Les débats d'Aix montrent que l'enjeu n'est plus seulement technologique : il est social et organisationnel. Les entreprises qui considéreront la formation comme un investissement stratégique plutôt que comme un coût auront probablement un avantage compétitif durable.
Reste à définir à grande échelle les modalités de cette montée en compétences — financement, calendrier, acteurs responsables — pour éviter que l'IA n'accentue les inégalités sur le marché du travail.