Un virage vers l'« early » pour soutenir les pépites deeptech
Polytechnique Ventures, le véhicule de capital-risque affilié à l’École Polytechnique, vient d’annoncer une orientation plus précoce de ses investissements : 5 % du dernier fonds, Polytechnique Ventures II, sera dédié aux startups en pré-amorçage. Ce positionnement se traduit par des tickets compris entre 50 000 et 200 000 euros, destinés à des projets affichant un lien avec l’écosystème de l’X, une équipe d’excellence et une promesse de rupture industrielle dans la deeptech.
Lancé l’an passé, Polytechnique Ventures II avait réalisé un premier closing à 21 millions d’euros. Il est aujourd’hui doté de 28 millions d’euros et vise une taille finale située entre 30 et 40 millions d’euros. Le fonds a déjà soutenu cinq sociétés : bYoRNA, Gobano Robotics, One Biosciences, Porelio et VSora.
Une poche « super angel » et son premier ticket
La poche pré-amorçage, baptisée « Denis Lucquin Catalyst Initiative », a pour ambition d’intervenir très tôt dans le cycle d’investissement afin d’accompagner des technologies deeptech encore en phase d’industrialisation ou de preuve de concept. Le fonds vient ainsi de signer son premier investissement dans ce cadre : 150 000 euros dans Qolombus, à l’occasion d’un tour de 1,5 million d’euros. Qolombus développe une génération hybride de processeurs quantiques, combinant la stabilité des qubits sur silicium et la connectivité des supraconducteurs.
À titre de comparaison, Polytechnique Ventures II intervient habituellement avec des tickets compris entre 250 000 et 1 million d’euros en amorçage, pouvant monter jusqu’à 2 millions d’euros en série A. La poche pré-amorçage représente donc un changement d’échelle et de rôle : passer d’un investisseur majoritairementêrly/seed à un acteur capable de jouer les catalyseurs très tôt.
- Montant du fonds : 28 M€ aujourd’hui, objectif 30–40 M€
- Part dédiée au pré-amorçage : 5 %
- Tickets pré-amorçage : 50 k€–200 k€ (ex. Qolombus : 150 k€)
- Tickets habituels : 250 k€–1 M€, jusqu’à 2 M€ en série A
Conséquences pour l’écosystème deeptech
Cette initiative peut avoir plusieurs effets mesurables sur le marché français de la deeptech. D’une part, elle comble un vide fréquent : le « trou » entre l’idée/prototype et le seed structuré. Des tickets de 50 k€ à 200 k€ sont souvent décisifs pour financer des validations techniques, des brevets initiaux ou des prototypes industriels. D’autre part, l’adossement à Polytechnique apporte un signal fort de crédibilité vis-à-vis d’autres investisseurs et clients industriels potentiels, facilitant les tours suivants.
Enfin, le nom choisi pour cette poche — en hommage à Denis Lucquin, personnalité marquante de l’investissement biotech en France — souligne la dimension patrimoniale et culturelle de l’opération : il s’agit à la fois d’un acte financier et d’un geste destiné à perpétuer une tradition d’appui aux technologies de rupture.
Qui peut prétendre à ces investissements ?
Les critères énoncés pour bénéficier de ces tickets sont stricts : un lien clair avec l’écosystème de l’École Polytechnique, une équipe de haut niveau, une technologie deeptech et une ambition industrielle de rupture. Autant d’exigences qui font de cette poche pré-amorçage un levier destiné prioritairement aux projets à fort potentiel industriel plutôt qu’aux prototypes purement académiques.
| Élément | Chiffre / détail |
|---|---|
| Etat actuel du fonds | 28 M€ (objectif 30–40 M€) |
| Part dédiée au pré-amorçage | 5 % |
| Tickets pré-amorçage | 50–200 k€ |
| Ticket observé (Qolombus) | 150 k€ sur un tour de 1,5 M€ |
En combinant ressources financières initiales, réseau de l’X et une exigence industrielle, Polytechnique Ventures crée un nouvel espace pour que les projets deeptech passent du laboratoire à l’industrie. Reste à mesurer dans les prochains trimestres l’effet sur la qualité et la quantité des startups soutenues, ainsi que sur la capacité des lauréats à attirer des séries A plus importantes et des partenaires industriels.