Un rebond de l'intérim alors que l'emploi permanent recule
Le dernier Report on Jobs publié conjointement par KPMG et la Recruitment and Employment Confederation (REC) dresse un constat contrasté : la demande pour des missions temporaires repart à la hausse, au point d'atteindre son niveau le plus élevé depuis plus de trois ans, tandis que les embauches permanentes continuent à se réduire.
Derrière ces chiffres se joue une modification du mode de gestion des ressources humaines : face à l'incertitude économique, de nombreuses directions privilégient désormais des recrutements flexibles pour avancer des projets sans s'engager sur le long terme. Pour les salariés, cela signifie davantage d'opportunités immédiates en intérim, mais une moindre sécurité d'emploi pour ceux en recherche d'un CDI.
Pressions salariales et signaux pour la Banque d'Angleterre
Parallèlement, l'indice mesurant les salaires de départ pour les postes permanents a progressé et atteint son plus haut niveau sur cinq mois. Ce renchérissement des salaires à l'embauche est surveillé de près par la Banque d'Angleterre, soucieuse des tensions inflationnistes que peuvent provoquer des hausses salariales généralisées.
« L'histoire de ces derniers mois a été celle d'un pivot vers le travail temporaire »
La vice-présidente du conseil chez KPMG, Lisa Fernihough, relie ce mouvement à la prudence des dirigeants confrontés à des incertitudes internationales : recourir à des contrats temporaires permet de maintenir des chantiers et des investissements sans prendre d'engagements durables.
Conséquences pour les entreprises et les travailleurs
Pour les entreprises, l'intérêt marqué pour l'intérim offre une flexibilité ajustée aux cycles d'activité, mais pose des défis de gestion : fidélisation, montée en compétences et continuité des équipes sont plus difficiles à garantir. Pour les demandeurs d'emploi, l'essor des contrats courts peut représenter une porte d'entrée sur le marché du travail, tout en accentuant la précarité pour ceux qui visent des statuts stables.
Contexte macroéconomique
Les auteurs du rapport rappellent que, malgré une forte croissance enregistrée au début de 2026, l'activité – notamment dans les services – a montré des signes d'essoufflement ces derniers mois. La stabilisation des prix du pétrole est vue par certains chefs d'entreprise comme un facteur susceptible d'apporter une période de stabilité propice à un regain de confiance et d'activité.
Points à retenir
- Intérim : facturations au plus haut en >3 ans, signe d'un recours accru à la flexibilité.
- Permanent : placements en contraction continue, malgré une remontée des salaires à l'embauche.
- Banque d'Angleterre : attentive aux pressions salariales qui pourraient influencer sa politique monétaire.
| Indicateur | Tendance récente |
|---|---|
| Facturation intérim | Hausse (plus haut depuis >3 ans) |
| Placements permanents | Baisse |
| Salaires de départ pour postes permanents | Pic sur 5 mois |
Pour les acteurs du marché du travail français et européen, ce rapport envoie deux messages clairs : l'ajustement structurel vers davantage de flexibilité est en train de s'accentuer, et la trajectoire des salaires à l'embauche pourrait peser sur les décisions des banques centrales. Les salariés et les employeurs doivent déjà adapter leurs stratégies : sécuriser les compétences en interne, repenser les parcours et anticiper l'impact d'éventuelles évolutions monétaires sur l'emploi.