Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a adressé une sévère mise en garde au patronat après la rentrée du Medef : selon elle, une partie du monde entrepreneurial contribue à la normalisation du Rassemblement national en réduisant l'examen du parti à son seul programme économique.
Dans une interview publiée samedi 29 août par Le Monde, la dirigeante syndicale situe le débat au cœur d'un basculement politique potentiel : « pour la première fois [elle] peut prendre le pouvoir par les urnes », rappelle-t-elle, ce qui, pour la CGT, commande une lecture élargie des enjeux que porte le RN, au-delà des seuls indicateurs macroéconomiques.
« la courte échelle à l’extrême droite en la normalisant »
Binet élève plusieurs griefs contre le Medef et son président Patrick Martin, en pointant notamment les débats organisés la semaine précédente à Roland-Garros. Selon elle, ces rencontres ont mis l'accent sur les craintes suscitées par certains propositions économiques d'autres formations (citée en exemple : Jean-Luc Mélenchon sur la dette ou la hausse des salaires) et ont ramené les candidats à gauche et le RN « dos à dos ». Elle considère, à ce titre, que la focalisation du patronat sur l'impact économique masque des ruptures instituées par le programme du RN sur des sujets de société et de droit.
Les enjeux mis en avant par la CGT
La secrétaire générale développe plusieurs points de vigilance que la CGT dit retenir pour juger le RN dans sa totalité :
- Constitution et droit : Binet alerte sur le « coup de force juridique » annoncé par le RN visant à inscrire la préférence nationale dans la Constitution.
- Droits fondamentaux : elle évoque des risques sur les personnes étrangères, sur les droits des femmes et des personnes LGBT, ainsi que sur l'indépendance de la justice.
- Environnement : le changement climatique figure aussi parmi les éléments que la CGT estime ignorés si l'on ne considère que l'aspect économique.
Pour la dirigeante syndicale, minimiser ces dimensions est choquant sur le plan éthique : évoquant l'Histoire et la mémoire des violences politiques, elle assure que « nous avons eu trop de camarades fusillés pour oublier ce que c'est que le fascisme », posant la question de la responsabilité morale des acteurs économiques face aux transformations politiques.
Ce que cela signifie pour le patronat et les salariés
Le message a une portée stratégique. Si le patronat privilégie uniquement l'évaluation économique des programmes politiques, il prend le risque d'apparaître comme désengagé des questions de cohésion sociale et des garanties démocratiques. Pour les salariés, la critique met en lumière une inquiétude : la priorité accordée aux équilibres macroéconomiques peut masquer des réformes institutionnelles ou sociétales qui auraient des effets directs sur le droit du travail, les protections sociales et les libertés publiques.
Le débat lancé par Sophie Binet invite les acteurs économiques à clarifier leur position : s'agit-il seulement d'une lecture utilitariste des programmes politiques ou d'un engagement plus large sur les valeurs républicaines et la stabilité institutionnelle ? La réponse de la direction du Medef, et plus largement du patronat, sera scrutée dans les prochaines semaines, à mesure que la campagne politique se déroulera.