Un décrochage de revenu qui pousse à prolonger l’activité
Dans l’Union européenne, la bascule à la retraite s’accompagne d’un recul marqué du niveau de vie. D’après Eurostat, pour un revenu de référence de 100 € entre 50 et 59 ans, la pension moyenne perçue entre 65 et 74 ans s’établissait à 58 € en 2023. Cette contraction explique en partie qu’environ un retraité sur six soit exposé au risque de pauvreté. Dans ce contexte, une part croissante de seniors reste présente sur le marché du travail après la liquidation de leur pension de vieillesse.
Un phénomène désormais installé : 12,9 % de retraités actifs
En 2023, 12,9 % des personnes dans l’UE exerçaient encore une activité dans les six mois suivant le premier versement de leur pension. Les ressorts sont multiples : le plaisir de travailler et de rester actif est cité par 36,3 % des intéressés, tandis que la nécessité financière pèse pour 28,6 %. Les experts pointent aussi l’évolution des normes sociales, la démographie et des pénuries persistantes de main-d’œuvre.
Des écarts nationaux extrêmes
Les différences entre États sont considérables, révélant des cadres juridiques, des structures d’emploi et des niveaux de pension très hétérogènes.
| Pays | Part des retraités qui travaillent |
|---|---|
| Estonie | 54,9 % |
| Lettonie | 44,2 % |
| Lituanie | 43,7 % |
| Suède | 41,7 % |
| Norvège | 37,7 % |
| Chypre | 29,7 % |
| Finlande | 28,5 % |
| Croatie | 5,0 % |
| Espagne | 4,5 % |
| Grèce | 4,2 % |
| Roumanie | 1,7 % |
Ces chiffres, fournis pour 2023, mettent en exergue un noyau de pays baltes et nordiques où la poursuite d’activité après la retraite est très fréquente, et un groupe d’États d’Europe du Sud et de l’Est où elle demeure marginale.
Le rôle des politiques publiques : l’exemple grec
Les règles nationales influencent directement la capacité — et l’intérêt — à cumuler pension et revenus d’activité. En Grèce, une inflexion récente du cadre a modifié le paysage, comme le rappelle un spécialiste cité par Euronews Business :
« La Grèce avait autrefois une position très stricte à l’égard des retraités qui continuaient à travailler. Cette position s’est assouplie, sous l’effet de la crise, des coupes dans les pensions et des réformes du système », explique le professeur Platon Tinios, de l’université du Pirée, ajoutant qu’un changement majeur de politique en 2022 a entraîné une forte hausse du nombre de retraités actifs déclarés.
Cette montée en puissance n’apparaît toutefois pas encore dans les données publiées, car elle intervient après le second semestre 2023.
Motivations et conséquences économiques
Si le plaisir de rester actif demeure le premier moteur déclaré (36,3 %), la contrainte budgétaire (28,6 %) reflète la pression exercée par le différentiel de revenu entre la fin de carrière et la pension moyenne (58 € vs 100 € de référence). À cela s’ajoutent des facteurs de long terme évoqués par les experts : vieillissement de la population, tensions sur certains métiers, et adaptation progressive des normes sociales autour de la fin de carrière.
Ce qu’il faut retenir pour les systèmes de retraite
- Le maintien en emploi après la liquidation de la pension touche plus d’1 retraité sur 8 dans l’UE et tend à se diffuser.
- Les écarts par pays (de 1,7 % à 54,9 %) tiennent à la combinaison des niveaux de pension, des politiques de cumul et des dynamiques du marché du travail.
- Le suivi statistique sera déterminant pour mesurer l’impact des réformes nationales récentes, à l’image de la trajectoire grecque post-2022.
Pour les décideurs comme pour les assurés, l’enjeu est double : sécuriser des parcours de fin d’activité soutenables et clarifier les règles de cumul, tout en surveillant les effets de revenu qui incitent une partie des nouveaux retraités à prolonger leur vie professionnelle.