Une pièce entière de réacteur fabriquée en impression 3D
La société AMPERA a présenté un module de réacteur nucléaire à pleine échelle imprimé en 3D, intégrant un cœur et la cuve sous pression, lors d'un événement à Palm Beach Gardens (Floride). Le module est destiné à un concept de réacteur au thorium, sous-critique et à l'état solide, reposant sur des noyaux de type TRISO et un cœur monolithique sphérique de géométrie « gyroïde » imprimé en carbure de silicium.
Ce que revendique AMPERA
- Le cœur est conçu pour une durée de fonctionnement allant jusqu'à 30 ans sans rechargement.
- Les systèmes visent à fournir environ 30 MWe pour cette configuration initiale, avec des variantes plus grandes envisagées.
- AMPERA a également annoncé la création d'une filiale australienne pour sécuriser l'approvisionnement en thorium et soutenir la production de combustible avancé aux États-Unis.
Un discours axé sur la fabrication industrielle
Le fondateur et CEO d'AMPERA a qualifié ce cœur et cette cuve de « fondations » pour une énergie nucléaire « fabriquée en usine et produite en masse ». L'entreprise met en avant la fabrication additive comme vecteur d'une industrialisation accélérée, capable, selon elle, d'ouvrir une voie commerciale vers des réacteurs modulaires produits en série.
« Ce cœur nucléaire et cette cuve sous pression de nouvelle génération posent les fondations d’une énergie nucléaire fabriquée en usine et produite en masse »
Aspects sûreté et conception
AMPERA insiste sur la sûreté intrinsèque de son approche : la stabilité proviendrait de la conception physique du cœur et du combustible TRISO, réduisant prétendument le besoin de systèmes actifs et d'intervention humaine. Ce type d'argument est courant dans la communication autour des réacteurs « avancés », mais il devra être évalué par des autorités de sûreté indépendantes et validé en conditions opérationnelles.
Conséquences et questions pour la France
Pour un pays comme la France, fortement engagé dans le nucléaire, cette annonce pose plusieurs questions concrètes :
- Quelle place pour les réacteurs « au thorium » dans un parc déjà dominé par les réacteurs à eau pressurisée et en cours de renouvellement ?
- La chaîne d'approvisionnement du thorium et la filière du combustible TRISO peuvent-elles être développées localement ou imposeront-elles une dépendance étrangère ?
- Comment concilier la promesse d'une production industrielle en usine avec les exigences réglementaires, de sûreté et de contrôle social propres aux installations nucléaires ?
Chiffres essentiels
| Élément | Valeur annoncée |
|---|---|
| Puissance visée | 30 MWe |
| Durée de cœur sans rechargement | 30 ans |
| Matériau du cœur | Carbure de silicium |
La démonstration industrielle d'AMPERA marque une étape technologique notable : l'impression 3D d'éléments fortement sollicités mécaniquement et thermiquement. Reste à voir si cette innovation sera capable de franchir les étapes réglementaires, opérationnelles et économiques avant d'influer réellement sur la facture énergétique ou sur les choix stratégiques en Europe.
Sans validation indépendante et sans calendrier précis de déploiement, l'annonce doit être lue comme une avancée technique prometteuse mais préliminaire, qui alimente le débat sur la diversité des voies d'avenir du nucléaire et sur la capacité des filières à s'industrialiser tout en respectant les standards de sûreté.