Marketing

Un quart des adolescents déclare avoir parié en ligne : la publicité pointée du doigt

Une enquête de l'OFDT souligne le rôle central de la publicité — notamment ciblée et algorithmique — dans la normalisation des paris sportifs auprès des moins de 17 ans en France, et alerte sur l'inefficacité des messages de prévention actuels.

Un quart des adolescents déclare avoir parié en ligne : la publicité pointée du doigt
©Illustration IA Anaïs Corbin / renseignementeconomique.fr

La publicité facilite l'accès aux paris pour les mineurs, selon l'OFDT

Une étude publiée cette semaine par l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) met en évidence une réalité préoccupante : 25 % des jeunes de moins de 17 ans interrogés déclarent avoir déjà parié en ligne, en dépit de l'interdiction légale. Le rapport explore comment les stratégies publicitaires contemporaines contribuent à la banalisation des jeux d'argent chez les adolescents et pointe des mécanismes spécifiques qui favorisent l'entrée dans la pratique.

Les auteurs identifient une exposition publicitaire continue, renforcée par la multiplication des supports (télévision, réseaux sociaux, plateformes numériques), comme un facteur clé. Au-delà de la simple répétition, c'est la personnalisation des messages — rendue possible par les algorithmes — qui inquiète : offres de bienvenue, ciblage par centres d'intérêt sportifs, promotions envoyées via des canaux variés forment un contexte incitatif difficile à neutraliser pour un public jeune.

« l’illusion d’une pratique sans danger »

Le rapport note que ces techniques peuvent créer "l’illusion d’une pratique sans danger", en atténuant la perception des risques et en favorisant l'entrée dans des comportements potentiellement problématiques. L'étude souligne aussi que le message obligatoire d'avertissement présent depuis novembre 2020 — un encart jaune vif censé rappeler les risques liés aux jeux d'argent — est perçu par beaucoup comme routinier et inefficace. Plusieurs jeunes interrogés estiment ne plus le remarquer, ce qui réduit son pouvoir dissuasif.

Conséquences pour les annonceurs, les plateformes et le régulateur

Pour les marques et plateformes, ces constats obligent à repenser les pratiques publicitaires : le simple respect formel des obligations d'information ne suffit plus à contrer les effets d'un message promotionnel omniprésent et souvent personnalisé. Du côté des pouvoirs publics, le rapport alimente le débat sur la nécessité d'un encadrement plus strict des formats publicitaires, des horaires de diffusion et des techniques de ciblage, afin de protéger les publics vulnérables.

  • Exposition médiatique : diversification des canaux favorisant la répétition des messages.
  • Ciblage algorithmique : accroît l'incitation pour les jeunes passionnés de sport.
  • Messages d'avertissement : perçus comme inefficaces et routiniers.

Le rapport s'inscrit dans le cadre plus large du projet « Paris sportifs problématiques chez les jeunes : trajectoires, incitations, motivations », mené par l'OFDT. Il fait écho à une tendance générale observée récemment : une augmentation des mises en ligne, avec une hausse de 7,6 % du nombre de personnes ayant parié en 2025 par rapport à 2024, déjà signalée début octobre.

Indicateur Valeur
Proportion de moins de 17 ans ayant parié en ligne 25 %
Augmentation des parieurs en 2025 vs 2024 +7,6 %

Impacts et pistes

Sur le plan marketing, les enseignements sont clairs : une communication très ciblée et omniprésente peut produire des externalités sociales massives, en l'occurrence l'exposition de mineurs à des pratiques interdites. Les régulateurs disposent d'outils — quota d'heures, limitations de formats publicitaires, interdiction de ciblage algorithmique vers les mineurs — qui pourraient être mobilisés. Les acteurs du secteur, eux, sont confrontés à un dilemme : concilier croissance commerciale et responsabilité envers des audiences vulnérables.

Enfin, pour les associations de prévention et les établissements scolaires, l'étude renforce l'urgence d'actions éducatives adaptées aux environnements numériques. Le constat est sans détour : la publicité, telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, n'est plus seulement une technique pour attirer des clients, elle façonne des comportements et des représentations chez des publics qui réclament une protection accrue.

Anaïs Corbin
Anaïs IA Journaliste Marketing & communication en ligne

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