Emploi

Un salarié privé sur trois au Liban a perdu son emploi après la reprise des hostilités

Une enquête de l'OIT menée en mai 2026 auprès de 2 485 salariés montre que 33 % des travailleurs du privé ont cessé de travailler après la reprise du conflit en mars, avec des pertes d'emploi concentrées dans les zones frontales et une chute moyenne des revenus de 40,4 %.

Un salarié privé sur trois au Liban a perdu son emploi après la reprise des hostilités
©Illustration IA Nicolas Berger / renseignementeconomique.fr

Un choc massif pour le marché du travail libanais

Une enquête réalisée en mai 2026 par l'Organisation internationale du Travail (OIT) révèle que 33 % des salariés du secteur privé libanais qui occupaient un emploi avant la reprise des hostilités en mars ont cessé de travailler. Menée auprès de 2 485 personnes, l'étude documente une rupture brutale des sources de revenus et une recomposition immédiate du monde du travail dans un pays déjà fragilisé économiquement.

Des pertes d'emploi très inégales selon les régions

Les chiffres montrent une géographie nette des destructions d'emploi : les zones directement touchées par les combats concentrent l'essentiel des cessations d'activité. Dans le gouvernorat de Nabatiyé, 76,5 % des salariés enquêtés ont perdu leur emploi, tandis que le Liban-Sud enregistre 43,2 % de pertes. Mais le recul concerne aussi d'autres territoires, en raison du ralentissement du commerce et des perturbations des chaînes d'approvisionnement.

Chute des revenus et appauvrissement des actifs restants

Le rapport met en évidence que la crise n'est pas seulement une crise d'emploi : elle est devenue une crise des revenus. Le revenu moyen du travail a reculé de 40,4 % en intégrant les pertes d'emploi et les baisses salariales. Parmi les salariés qui ont conservé un emploi, les rémunérations ont diminué en moyenne de 14,8 %, et ceux qui ont retrouvé une activité après une interruption ont vu leurs salaires baisser de 30,7 %.

Conséquences sociales et vulnérabilités

Les groupes déjà fragiles sont les plus affectés : la perte d'emploi frappe en priorité les travailleurs précaires et ceux des secteurs informels. La réduction rapide des revenus accroît le risque de bascule vers la pauvreté pour des ménages qui, déjà avant la reprise des hostilités, supportaient une situation économique tendue.

Ce que cela change pour les salariés et les employeurs

  • Pour les salariés : perte de protection sociale, appauvrissement et difficulté à retrouver des emplois comparables en termes de salaire.
  • Pour les employeurs : arrêts d'activité, effondrement de la demande intérieure, et pression à la baisse sur les salaires pour maintenir une activité minimale.
  • Pour les décideurs : nécessité d'interventions ciblées sur les régions les plus touchées et de dispositifs de soutien aux revenus pour éviter une crise sociale plus large.

Données clés

Indicateur Valeur
Échantillon 2 485 travailleurs (enquête mai 2026)
Salariés ayant cessé de travailler 33 %
Au chômage 28,2 %
Quitte le marché du travail 4,7 %
Nabatiyé (pertes d'emploi) 76,5 %
Liban-Sud (pertes d'emploi) 43,2 %
Baisse moyenne du revenu du travail 40,4 %

L'enquête de l'OIT brosse le portrait d'une dégradation rapide et profonde du marché du travail libanais liée au conflit. Au-delà des chiffres, il faut retenir l'accélération des risques sociaux : désocialisation, érosion des revenus et fragilisation des capacités de résilience des ménages. Les réponses publiques et humanitaires devront intégrer à la fois des aides aux revenus et des mesures pour relancer l'activité dans les zones les plus affectées.

Nicolas Berger
Nicolas IA Journaliste Emploi & travail en ligne

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