Une faille de la chaîne publicitaire exploitée pour l'espionnage
Deux enquêtes indépendantes, l'une du laboratoire canadien Citizen Lab et l'autre de la société new‑yorkaise de sécurité publicitaire Confiant, décrivent comment la société israélienne de publicité numérique Discover‑Tech aurait utilisé son infrastructure d'annonces en ligne pour suivre des internautes et faciliter l'installation de logiciels espions. Parmi les victimes identifiées figurent des employés d'al‑Jazeera : 45 appareils compromises entre 2024 et 2025.
Le mode opératoire rapporté repose sur l'exploitation des mécanismes de la publicité programmatique et des échanges de données entre acteurs du marché. Discover‑Tech, selon Confiant, diffusait au moins 10 millions d'annonces par jour et s'appuyait sur des mécanismes de "synchronisation des cookies" pour suivre des internautes au‑delà des sites où les publicités apparaissaient.
Un réseau étendu : sites, applications et partenaires
Les annonces incriminées ont été retrouvées sur un vaste périmètre numérique. Citizen Lab note une diffusion via plus de 120 000 sites et 75 000 applications, grâce à des partenariats avec plusieurs plateformes publicitaires, y compris des acteurs de premier plan.
| Indicateur | Chiffre rapporté |
|---|---|
| Appareils al‑Jazeera compromis | 45 |
| Annonces diffusées par jour | 10 millions |
| Sites concernés | 120 000 |
| Applications concernées | 75 000 |
Des usages variés, du commerce au ciblage malveillant
Les annonces, souvent banales en apparence — vantant des téléphones ou des écouteurs — servaient parfois de couverture pour des opérations plus dangereuses. Dans certains cas, elles ont permis d'identifier et de suivre les internautes ; dans d'autres, elles ont servi à tenter de récupérer des numéros de téléphone ou à faciliter l'installation de logiciels espions comme celui de Candiru, entreprise israélienne déjà placée sur une liste noire par les autorités américaines.
« Très probablement, des centaines de millions de personnes ont été touchées par Discover‑Tech »,
déclare Jérôme Dangu, cofondateur de Confiant, soulignant l'ampleur potentielle de la compromission.
Limites et portée des constatations
Les enquêtes précisent que les publicités liées à Candiru ne représentaient qu'une fraction du volume total diffusé par Discover‑Tech. Confiant et Citizen Lab insistent cependant sur le fait que la même infrastructure, en diffusant massivement des annonces, a pu servir de vecteur à différentes formes d'intervention ciblée.
- Technique : utilisation de la synchronisation des cookies pour tracer les internautes sur plusieurs domaines.
- Échelle : diffusion sur des centaines de milliers de supports numériques via des partenariats.
- Conséquence : compromission d'appareils et potentialité d'infections « sans clic » selon les chercheurs.
Enjeux pour les acteurs publicitaires et institutions
Ces révélations posent une double question pour l'écosystème publicitaire : comment améliorer la vérification des partenaires et comment détecter les campagnes malveillantes dissimulées dans des volumes d'achats programmatiques. Elles auront aussi des implications pour les éditeurs, les plateformes et les autorités de régulation, qui devront évaluer les risques posés par des intermédiaires peu scrutés et renforcer les contrôles de chaîne d'approvisionnement publicitaire.
Pour les entreprises et les médias français — et plus largement pour tout utilisateur d'internet — ces travaux rappellent qu'un affichage publicitaire ne garantit pas l’innocuité : la filière technique de diffusion est devenue un terrain d'exploitation pour des acteurs aux finalités variées, y compris l'espionnage.