Un objectif contraignant à court terme
Le Québec impose qu’en 2026 au moins 5 % du gaz naturel livré soit d’origine renouvelable. Selon Énergir, cela correspond à environ 300 millions de m3 (Mm3) de gaz. Mais aujourd’hui la demande réelle pour le gaz naturel renouvelable (GNR) plafonne à près de 40 Mm3, soit moins de 15 % du volume requis. Cet écart met en lumière une tension entre objectifs climatiques et acceptabilité économique immédiate.
Un delta de prix qui pèse
Le principal frein identifié est le coût : le gaz fossile s’échange actuellement autour de 4 $/GJ (≈ 6 $/GJ une fois la taxe carbone locale intégrée), tandis que le GNR atteint environ 25 $/GJ. Face à ces ordres de grandeur, la facture des grands consommateurs peut rapidement grimper.
«Quand vous consommez de grandes quantités de gaz, ça donne vite des montants vertigineux»
Cette mise en garde provient de Nazim Sebaa, président de l’Association des consommateurs industriels de gaz (ACIG). L’association alerte sur les conséquences pour l’activité industrielle si la hausse des coûts n’est pas accompagnée de mesures d’ajustement.
La socialisation des coûts met la pression sur les consommateurs
Le GNR produit mais peu acheté reste toutefois mis en distribution par Énergir et réparti entre l’ensemble de ses clients — un mécanisme de socialisation des coûts. L’ACIG estime que cette répartition coûtera environ 250 millions de dollars aux clients en 2026 et pourrait atteindre 800 millions en 2030 si la cible monte à 10 %. Pour des industries intensives en gaz, l’effet sur les marges et la compétitivité devient non négligeable.
Des positions divergentes sur la comparaison des coûts
Énergir appelle à nuancer la comparaison entre gaz fossile et GNR : selon le distributeur, la comparaison pertinente est celle des coûts de production des énergies renouvelables. Il cite une équivalence chiffrée qui rapproche le coût du GNR de certaines nouvelles capacités électriques renouvelables, tentant d’inscrire le GNR dans une logique de transition plutôt que de substitution stricte.
Conséquences et pistes
- Risque industriel : hausse des charges pour les industries consommant beaucoup de gaz, potentielle réduction d’activité pour certains sites.
- Acceptabilité sociale : la facture redistribuée à tous les clients alimente les débats sur l’équité des politiques de transition.
- Politique publique : nécessité d’accompagner la montée du GNR par des mécanismes de soutien, des achats directs et des comparaisons coûts-bénéfices à long terme.
| Paramètre | Valeur citée |
|---|---|
| Objectif GNR 2026 | 5 % (~300 Mm3) |
| Demande actuelle | 40 Mm3 |
| Prix gaz fossile | 4 $/GJ (6 $/GJ avec taxe) |
| Prix GNR | 25 $/GJ |
| Coût socialisé estimé | 250 M$ en 2026 → 800 M$ en 2030 |
La situation québécoise illustre un dilemme classique des politiques de décarbonation : atteindre des quotas de renouvelables sans fragiliser les consommateurs ni l’industrie demande des instruments hybrides — aides ciblées, calendrier réaliste, marchés d’achat direct et montée en puissance progressive des filières. Pour les décideurs français, l’exemple pose la question de l’équilibre entre ambition climatique, structure des prix et protection de la compétitivité industrielle.