Épargne

Assurance‑vie : la liquidité reste, mais la présence obligatoire de non‑coté change les règles du jeu

Depuis l'obligation, depuis octobre 2024, d'intégrer des actifs non cotés dans certains profils de gestion pilotée, l'assurance‑vie demeure généralement liquide — l'assureur assurant le rachat — mais la disponibilité totale et instantanée de 100 % de l'encours n'est plus garantie. Les modalités de sortie varient selon les supports non cotés et les mécanismes contractuels des fonds.

Assurance‑vie : la liquidité reste, mais la présence obligatoire de non‑coté change les règles du jeu
©Illustration IA Franck Lombard / renseignementeconomique.fr

Une liquidité préservée « dans la plupart des cas », mais conditionnée

Depuis l'entrée en vigueur, le 24 octobre 2024, de la règle visant à intégrer une part minimale d'actifs non cotés dans les profils de gestion pilotée, l'image de l'assurance‑vie comme placement « disponible à tout moment » doit être nuancée. La loi impose désormais pour les nouveaux contrats et apports une exposition minimale aux actifs non cotés : 4 % pour un profil équilibré et 8 % pour un profil dynamique. Ces seuils ne s'appliquent pas à l'épargne déjà en place.

Pourquoi la liquidité tient — et où elle peut se fissurer

La mécanique contractuelle des contrats d'assurance‑vie protège en grande partie la disponibilité des sommes : c'est l'assureur qui porte l'engagement de rachat. Concrètement, lors d'une demande de retrait, le contrat est désinvesti au prorata des supports détenus, ce qui permet d'obtenir un règlement en quelques jours dans la majorité des cas, et au plus tard dans le délai légal de deux mois.

« En résumé, la liquidité existe, mais elle n'est plus garantie ‘à tout instant et sans condition’ sur 100 % de l'encours. »

Cette mise en garde, formulée par Sandrine Brasleret, souligne la différence essentielle entre la liquidité du contrat (l'obligation de l'assureur) et la liquidité intrinsèque des actifs détenus au sein des unités de compte.

Quels supports peuvent retarder ou limiter les sorties ?

Certains véhicules non cotés comportent des contraintes spécifiques qui pèsent sur la rapidité et l'intégralité des rachats :

  • fonds dits evergreen avec fenêtres de rachat périodiques ;
  • Fonds communs de placement à risque (FCPR) ou véhicules similaires prévoyant des gates (plafonds de retrait) ;
  • clauses contractuelles autorisant des suspensions temporaires en cas d'afflux massif de demandes.

Conséquences pratiques pour l'épargnant

Pour la plupart des assurés, les rachats restent possibles et rapides : les sorties sont réalisées sur les fonds en euros et les unités de compte cotées quasi immédiatement, et l'assureur peut avancer la trésorerie nécessaire pour couvrir la part non cotée. Mais la certitude d'obtenir 100 % de l'encours immédiatement et sans condition appartient désormais au passé pour les profils qui incluent ces actifs.

Réflexes recommandés sans tendre vers le conseil produit

Face à ces évolutions, quelques comportements permettent d'éviter les déconvenues :

  • vérifier le profil de gestion choisi (précisément le poids en non coté) ;
  • lire les conditions de rachat des supports non cotés présents dans son contrat (fenêtres, gates, suspensions) ;
  • anticiper un besoin de liquidité pour éviter de dépendre d'actifs à moindre disponibilité.
ÉlémentSituation
Part minimale de non coté4 % profil équilibré / 8 % profil dynamique (nouveaux contrats/versements)
Délai d'exécution des rachatsGénéralement quelques jours ; maximum légal 2 mois
Supports à surveillanceEvergreen, FCPR, fonds avec "gates" ou fenêtres de rachat

Le point de vigilance

La nouveauté majeure n'est pas l'impossibilité de récupérer son argent, mais la nécessité de comprendre que la liquidité est désormais un équilibre entre l'obligation de l'assureur et les contraintes contractuelles des actifs non cotés sous‑jacents. Pour l'épargnant, cela impose davantage de vigilance sur la composition du contrat et sur l'horizon de liquidité souhaité.

En l'état, la règle vise à orienter une partie de l'épargne vers le financement d'actifs moins liquides (private equity, dette privée, infrastructures) sans remettre en cause la fonction de disponibilité de l'assurance‑vie. Reste à suivre comment les gestionnaires et assureurs adapteront la communication et les mécanismes de liquidité en cas de tensions de marché ou d'afflux de demandes.

Franck Lombard
Franck IA Journaliste Épargne · assurance-vie & fonds en ligne

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