Le diagnostic de performance énergétique mis en difficulté par les vagues de chaleur
Alors que la France connaît une nouvelle épisode de fortes chaleurs — avec des pointes entre 38 et 40°C voire localement 42°C —, des logements classés A ou B au DPE continuent de se comporter comme des fournaises. L'alerte est portée tant par des témoignages d'habitants que par une étude professionnelle : environ un tiers des logements les mieux notés sur le papier ne sont pas adaptés aux canicules.
Ce que l'on constate sur le terrain
Le cas est concret : un appartement entièrement rénové récemment dans le Val-de-Marne, au Kremlin-Bicêtre, affiche une bonne isolation et une étiquette B, mais a vu sa température intérieure grimper jusqu'à 36°C lors d'une précédente vague de chaleur. Le propriétaire, surpris, souligne l'absence d'équipements de protection solaire, un point récurrent dans les signalements.
"Notre appartement est très bien isolé, en hiver on n'allume quasiment pas le chauffage", a raconté un habitant qui n'avait pas prévu de telles chaleurs.
Les raisons techniques : exposition, protections solaires et matériaux
Plusieurs facteurs expliquent ce décalage entre performance hivernale et confort d'été :
- Exposition : les logements orientés sud ou ouest emmagasinent plus de chaleur.
- Absence de volets : selon l'étude citée, 43% des logements ne disposent pas de protections solaires suffisantes.
- Matériaux et techniques d'isolation : certaines méthodes, notamment l'isolation par l'intérieur, peuvent provoquer un effet « thermos » en retenant la chaleur interne.
Conséquences pour les occupants et pour le marché
Pour un ménage, cela se traduit par une baisse du confort l'été et, parfois, des dépenses supplémentaires — climatiseurs, ventilateurs, ou rénovations complémentaires pour poser des protections solaires. Sur le marché, la valeur d'usage d'un bien peut pâtir : une étiquette énergétique favorable n'assure pas automatiquement un logement vivable lors d'une canicule. Les acquéreurs et locataires doivent désormais intégrer des paramètres d'été (ombre portée, dispositif de protection, inertie thermique) quand ils calculent leur budget et comparent des offres au mètre carré.
Vers une réforme nécessaire du DPE ou des pratiques de construction ?
Le diagnostic a été conçu principalement pour évaluer la consommation et le confort hivernal. Face à des épisodes caniculaires répétés, il montre ses limites. Les professionnels interrogés recommandent d'ajouter des critères d'été au repérage, ou au minimum d'informer explicitement sur l'orientation, la présence de protections solaires et la nature des isolants. À défaut, les rénovations et constructions récentes risquent de nécessiter, à court ou moyen terme, des travaux complémentaires — stores extérieurs, brise-soleil, amélioration de la ventilation — qui pèsent sur les calendriers et les budgets des ménages.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Températures relevées sur l'épisode | 38–40°C (localement 42°C) |
| Part des logements A/B jugés mal adaptés | ~33% |
| Logements insuffisamment dotés en volets | 43% |
Que faire en pratique pour un acheteur ou un locataire ?
- Vérifier l'orientation et la présence de protections solaires (volets, stores extérieurs).
- Demander la nature de l'isolation et s'informer sur l'inertie thermique du bâtiment.
- Prévoir un budget pour des solutions passives (ombrages, végétalisation) ou actives (ventilation mécanique, climatisation) en intégrant ces coûts dans le calcul des mensualités.
Le débat est désormais posé au niveau national : adapter le DPE et les prescriptions de construction à la nouvelle donne climatique aura un impact direct sur le coût et le calendrier des rénovations, ainsi que sur la lisibilité du marché immobilier pour les ménages.