Un signal d’alerte sur le crédit aux ménages
En Belgique, la sinistralité des crédits à la consommation s’est nettement aggravée fin 2025. D’après une analyse relayée par la presse économique locale à partir de données de la Banque nationale de Belgique, près de 110 000 personnes ont connu une nouvelle défaillance de paiement sur un crédit privé au cours de l’année, contre environ 94 500 l’année précédente, soit une progression de 16 %, la plus marquée depuis 2021.
Le phénomène se concentre sur les financements dédiés aux dépenses courantes — prêts personnels, crédits renouvelables et cartes — avec 242 744 personnes affichant au moins un retard lié à la consommation à la fin de l’année. Les encours en souffrance sur ces produits atteignent désormais près de 1,6 milliard d’euros.
Des statistiques alourdies par un périmètre d’enregistrement élargi
La détérioration observée s’explique en partie par un changement de périmètre statistique : depuis 2024, les établissements ont l’obligation d’enregistrer davantage de types de crédits et d’arriérés. Cette évolution méthodologique accroît la visibilité sur les incidents, en particulier sur des produits naguère moins tracés. Elle ne suffit cependant pas à gommer la réalité sous-jacente mise en évidence par les agrégats.
Fait notable, le nombre de personnes détenant au moins un crédit à la consommation recule depuis 2021. Autrement dit, une base d’emprunteurs plus restreinte est aujourd’hui plus fréquemment en difficulté. Ce déplacement de la sinistralité vers une proportion plus élevée d’utilisateurs restants illustre un effet de concentration du risque.
Pression accrue sur les budgets et risque de contentieux
Cette dynamique s’observe aussi du côté des dettes fiscales. Le dernier rapport annuel du SPF Finances mentionne un doublement en quelques années du nombre de plans de remboursement. Le cumul de retards privés et d’échéances fiscales réaménagées constitue un signal de tension sur les trésoreries des ménages, avec à la clé un allongement des délais de recouvrement et potentiellement davantage de procédures contentieuses.
Conséquences pour les prêteurs et comparaison de pratiques
Pour les établissements de crédit, la combinaison d’un volume d’arriérés plus élevé et d’un groupe d’emprunteurs plus restreint appelle à une vigilance renforcée sur :
- les processus d’octroi (vérification des charges existantes, exposition aux crédits renouvelables) ;
- le suivi précoce des signaux faibles d’impayés et la mise en place de solutions de rééchelonnement adaptées ;
- la transparence sur les frais et intérêts en cas de retard, afin d’éviter une spirale d’endettement.
Le changement réglementaire de 2024 sur l’enregistrement des arriérés crée aussi un terrain de comparaison plus homogène entre acteurs. Les prêteurs qui documentent finement les incidents et proposent des dispositifs d’accompagnement des clients en difficulté pourraient limiter l’augmentation des pertes constatées. À l’inverse, des pratiques de tarification ou de relance peu lisibles exposent à davantage de contestations.
Lecture des chiffres et limites
Les données disponibles mettent en évidence trois tendances simultanées :
| Indicateur | Dernière observation |
|---|---|
| Nouvelles défaillances annuelles sur crédits privés | ~110 000 (vs ~94 500 un an plus tôt, +16 %) |
| Personnes avec au moins un retard lié à la consommation (fin 2025) | 242 744 |
| Dette en souffrance sur crédits à la consommation | près de 1,6 milliard d’euros |
Il convient toutefois de rappeler que l’extension du périmètre d’enregistrement depuis 2024 gonfle mécaniquement les volumes observés. La hausse des incidents ne s’y réduit pas entièrement pour autant, comme l’atteste la progression à deux chiffres des nouvelles défaillances.
Ce que doivent surveiller les clients
Pour les ménages, l’environnement actuel implique de vérifier :
- les conditions des contrats (taux, frais en cas de retard, modalités de réaménagement) ;
- les plafonds et coûts des cartes et crédits renouvelables, particulièrement exposés aux impayés ;
- l’existence de dispositifs de plan de paiement lorsqu’un incident survient, afin de contenir les pénalités.
La montée des arriérés et la multiplication des plans fiscaux confirment une progression de l’endettement problématique. Les chiffres publiés plaident pour une information claire des clients, des pratiques d’octroi plus sélectives et un traitement anticipé des difficultés afin d’éviter l’escalade des frais et des contentieux.