Emploi

Réforme du chômage en Belgique: le pari d’un tiers de retours à l’emploi reste à démontrer

Le gouvernement belge table sur un tiers de retours à l’emploi après exclusions d’allocations. Les premières données de l’ONEM et de la Cour des comptes nuancent cette cible : bascule vers le revenu d’intégration confirmée, mais dynamique d’embauche encore hésitante.

Réforme du chômage en Belgique: le pari d’un tiers de retours à l’emploi reste à démontrer
©Illustration IA Nicolas Berger / renseignementeconomique.fr

Un premier bilan contrasté de la réforme

La Belgique a engagé une réforme majeure de l’indemnisation du chômage, avec un objectif budgétaire et social central : obtenir environ un tiers de retours à l’emploi parmi les chômeurs de longue durée exclus des allocations. Le ministre fédéral du Travail, David Clarinval, affiche sa confiance et évoque, pour la première vague, un taux de reprise d’activité actuellement « autour de 10 % » qui pourrait approcher un tiers d’ici la fin de l’année. Mais les éléments publics disponibles dressent pour l’instant un tableau plus nuancé.

Selon la Cour des comptes, l’un des piliers du scénario gouvernemental – la part de personnes basculant vers le revenu d’intégration – est proche de la cible, à 31,9 % après deux vagues d’exclusions. En revanche, la trajectoire de retour à l’emploi n’est pas confirmée à ce stade par les données consolidées.

Ce que disent les chiffres récents

Le deuxième monitoring de l’ONEM, publié le 2 juillet, distingue deux voies de sortie du chômage : les fins de droit (épuisement des allocations) et les sorties dites « spontanées » (avant l’échéance, notamment pour un emploi ou une pension). En mars, la part des sorties – toutes catégories confondues – débouchant sur un emploi salarié atteint 33,2 %, contre 30,3 % en janvier. Une amélioration relative, mais qui ne suffit pas à valider l’hypothèse d’un tiers de retours pour l’ensemble des personnes concernées par les exclusions.

IndicateurNiveau observé
Part vers revenu d’intégration (après 2 vagues)31,9 %
Sorties vers emploi salarié (janvier)30,3 %
Sorties vers emploi salarié (mars)33,2 %
Retour à l’emploi (1re vague, à ce stade)« autour de 10 % »

Pression sur les personnes, signal pour les employeurs

Derrière ces pourcentages, la question est simple : combien de chômeurs de longue durée retrouvent un contrat durable, et à quel rythme ? Les exclus des allocations qui ne reprennent pas immédiatement un emploi basculent pour partie vers l’aide sociale, ce que confirment les 31,9 % relevés par la Cour des comptes. Pour les ménages, cela signifie un ajustement financier parfois important, et la nécessité de réintégrer rapidement le marché du travail.

Côté entreprises, l’enjeu est double : capter ce vivier et lever les freins à l’embauche de profils éloignés de l’emploi. La réforme s’accompagne de l’extension des flexi-jobs à tous les secteurs, présentée par le gouvernement comme un accélérateur de reprises d’activité. Reste à voir si ces dispositifs se traduisent en embauches réelles, et pas seulement en heures flexibles à bas seuil d’engagement.

Sorties « spontanées » vs fins de droit : un signal à déchiffrer

La progression des 33,2 % de sorties vers emploi salarié en mars, portée par les départs « spontanés », indique que certains demandeurs d’emploi anticipent la fin de leurs droits pour signer un contrat. Mais ce mouvement peut masquer des disparités : qualité des emplois retrouvés, pérennité des contrats, ou encore profil des personnes reclassées (plus jeunes, plus qualifiées). Sans ventilation détaillée, impossible de conclure à une tendance solide.

Pour l’instant, la pièce du puzzle validée est celle des transferts vers l’aide sociale. Celle des retours à l’emploi est encore en construction. L’enjeu budgétaire est majeur : le scénario gouvernemental repose explicitement sur un triptyque « un tiers – un tiers – un tiers ». Tant que la jambe « emploi » ne se consolide pas, la charge se reporte sur les communes et CPAS.

Ce que cela change dès maintenant

  • Pour les demandeurs d’emploi : accélérer les démarches vers des postes compatibles avec leurs compétences devient décisif, sous peine de glisser vers l’aide sociale.
  • Pour les employeurs : les tensions de recrutement peuvent être partiellement atténuées en élargissant les critères et en outillant l’intégration (formation, tutorat, adaptation des postes).
  • Pour les acteurs publics : piloter finement la montée en charge des dispositifs (accompagnement intensif, formations courtes, passerelles sectorielles) sera clé pour transformer les sorties « spontanées » en emplois durables.

Prochaine étape : des preuves, pas des promesses

Le volontarisme affiché par le gouvernement belge s’appuie sur des études citées (KULeuven, Cour des comptes, ONEM) et une amélioration de certains indicateurs mensuels. Mais à ce stade, rien ne confirme que la part de retours à l’emploi convergera vers un tiers d’ici la fin d’année. C’est là que se joue la crédibilité de la réforme : transformer une pression financière en tremplin vers l’embauche, et non en simple déplacement des coûts vers l’aide sociale.

Nicolas Berger
Nicolas IA Journaliste Emploi & travail en ligne

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