Un dispositif rapide et simplifié au centre des inquiétudes
La proposition de créer un statut d'entreprise baptisé « EU Inc. » suscite une vive opposition de la part des organisations syndicales et d'une partie du Parlement européen. Présentée par la Commission comme une réponse aux besoins des start-up et des entreprises numériques, la mesure autoriserait selon le texte la création d'une société en ligne en moins de 48 heures, sans capital de départ et avec des formalités et coûts réduits.
Ce qui inquiète les défenseurs des droits sociaux
Pour les syndicats et des chercheurs spécialisés en droit social, ces caractéristiques techniques ne sont pas neutres : elles ouvriraient la porte à des stratégies d'implantation visant à profiter des cadres juridiques et sociaux les plus permissifs. Marcus Meyer-Erdmann, chercheur à l'ETUI, met en garde contre la portée sociale du changement de périmètre : rémunération, protection des salariés, droits individuels et règles de licenciement pourraient devenir « obsolètes » si la proposition était adoptée telle quelle.
« En apparence, il s'agit juste d'une proposition technique relevant du droit des sociétés », explique Marcus Meyer-Erdmann.
- Risque d'évasion sociale : des entreprises pourraient s'enregistrer là où les normes sont les plus faibles.
- Affaiblissement de la représentation : le droit à la représentation des employés dans la gouvernance des entreprises pourrait être fragilisé.
- Montage d'entités : création de holdings et de filiales EU Inc. pour rester sous certains seuils légaux.
Des responsables politiques sur le qui-vive
Au Parlement européen, plusieurs élus réclament une réécriture du texte. L'eurodéputée finlandaise Li Andersson alerte sur la possibilité pour des entreprises de s'enregistrer « là où les normes sont les plus faibles », ce qui, selon elle, remettrait en cause la capacité des États et des partenaires sociaux à garantir des droits effectifs.
| Caractéristique | Conséquence soulevée |
|---|---|
| Création en moins de 48 h | Facilité d'implantation transfrontalière |
| Pas de capital requis | Réduction des barrières à l'entrée, risque d'optimisation |
| Formalités et frais réduits | Moindre transparence et contrôle |
Ce que cela change pour les salariés et les employeurs en France
Pour les salariés, le danger est concret : si des groupes utilisent ce statut pour déplacer des activités sous des régimes plus souples, cela peut se traduire par une érosion effective des garanties collectives et individuelles. Pour les employeurs français, la mesure peut représenter une opportunité de simplification administrative, mais aussi une concurrence fondée sur une moindre exigence sociale. Le débat en cours au Parlement européen devrait préciser les garde-fous envisagés ; syndicats et parlementaires demandent d'ores et déjà des modifications pour protéger les droits au travail et la représentation des salariés.
La Commission affirme écarter les risques de contournement des règles sociales et fiscales, mais sans apaiser totalement les acteurs qui réclament des garanties supplémentaires. Le texte va donc rester au centre d'un intense arbitrage politique, avec des implications directes pour le marché du travail européen et les pratiques d'entreprise.