Les marchés sénégalais observent une hausse marquée des prix de la viande, une évolution qui inquiète autant les éleveurs que les bouchers et pèse sur le budget des ménages. Sur les principaux points d'approvisionnement, la rareté s'est installée, avec des effets visibles tant au foirail des grands ruminants de Diamaguène Sicap Mbao qu'au foirail des petits ruminants ou chez certains bouchers de Dakar.
Deux causes structurelles
Les acteurs du secteur pointent deux facteurs principaux à l'origine de cette tension :
- La transhumance saisonnière : entre mai et août, de nombreux éleveurs quittent leurs zones habituelles pour chercher des pâturages, entraînant une diminution de l'offre locale pendant la période de transhumance.
- La crise au Mali : auparavant fournisseur important de bétail, le Mali n'approvisionne plus le marché sénégalais de manière régulière en raison des problèmes sécuritaires, ce qui réduit sensiblement les arrivages de bœufs et de moutons.
Sur le terrain, ces deux phénomènes se conjuguent. Les commerçants et rabatteurs, présents aux abords des foirails, rapportent un marché « tendu » : moins d'animaux disponibles et des acheteurs obligés de renégocier leurs achats face à la hausse des prix.
« Aujourd’hui, la viande coûte trop cher »
Cette déclaration, attribuée au président du Regroupement des professionnels des abattoirs du Sénégal, synthétise la préoccupation générale des professionnels. Selon eux, le flux de bétail venant du Mali s'est quasiment tari : les intermédiaires maliens ne peuvent plus accéder aux zones d'achat à cause de l'insécurité, et certains éleveurs maliens évitent désormais les déplacements transfrontaliers.
Conséquences pour les ménages et le marché
La contraction de l'offre se traduit par une hausse directe des prix à la vente. Pour les foyers, cela signifie soit un alourdissement du panier alimentaire, soit une réduction de la consommation de viande, élément pourtant central de nombreux repas. Les bouchers et abattoirs, quant à eux, voient leurs coûts d'approvisionnement augmenter, ce qui pèse sur leurs marges ou se répercute sur le consommateur final.
| Facteur | Effet observé |
|---|---|
| Transhumance (mai-août) | Offre locale diminuée, tension saisonnière sur les prix |
| Crise malienne | Disparition des importations de bétail, raréfaction durable de certaines origines |
Au-delà de l'immédiat, les acteurs craignent que, si la situation sécuritaire et les déplacements d'éleveurs ne se normalisent pas, le marché reste structurellement affecté. Des hausses ponctuelles peuvent alors devenir des niveaux de prix durablement plus élevés, affectant la capacité d'achat des ménages et la stabilité des circuits d'approvisionnement.
Face à ces risques, les professionnels appellent à des réponses concertées pour sécuriser les routes d'approvisionnement et mieux accompagner la gestion de la transhumance, afin d'éviter que la viande ne devienne un produit inabordable pour une part croissante de la population.