Une hausse du prix du baril pèse moins qu'avant sur les prix à la consommation
La Banque de France publie un bilan actualisé de la transmission des prix du pétrole vers l'inflation. Sur la base d'une approche comptable, l'institution conclut qu'une hausse de 10 euros du prix du baril augmenterait aujourd'hui les prix à la consommation de 0,3 à 0,4 % en France et de 0,4 à 0,5 % dans la zone euro. En 2016, ces effets étaient nettement plus marqués : respectivement 0,6 % et 0,7 %.
La note distingue deux canaux principaux : un effet direct via la hausse des prix des carburants et du fioul à la pompe, et des effets indirects liés à la présence du pétrole dans les coûts de production et de transport, qui se répercutent progressivement sur l'alimentation, les biens manufacturés et les services. La Banque de France précise que ses estimations excluent le canal salarial — c'est-à-dire les mécanismes dits de second tour qui feraient remonter les salaires en réaction à la hausse des prix.
« Ces estimations mesurent l'ordre de grandeur des effets directs et indirects mais excluent ce canal salarial. »
Pourquoi l'effet s'est-il réduit depuis 2016 ?
Plusieurs éléments expliquent cette moindre sensibilité. Premièrement, la consommation de produits pétroliers par les ménages a baissé, réduisant l'impact direct d'une variation du brut sur les dépenses de consommation. Deuxièmement, le remplacement progressif de certaines consommations par des alternatives moins dépendantes du pétrole et des gains d'efficacité énergétique diminuent la part de la facture énergétique dans le panier des ménages.
- Effet direct : transmission rapide aux prix des carburants et du fioul (calculée en rapportant la hausse de la facture à la consommation totale des ménages).
- Effet indirect : augmentation des coûts de production et de transport qui se diffuse aux autres catégories de prix.
- Canal salarial exclu : l'étude n'intègre pas les hausses de salaires potentielles déclenchées par une inflation plus élevée.
Chiffres clés
| Année / Zone | Impact d'une hausse de 10 € du baril |
|---|---|
| France (aujourd'hui) | 0,3 – 0,4 % |
| Zone euro (aujourd'hui) | 0,4 – 0,5 % |
| France (2016) | 0,6 % |
| Zone euro (2016) | 0,7 % |
La Banque de France donne aussi un exemple chiffré pour l'effet direct en France : la contribution de l'effet direct des carburants à l'inflation serait passée d'environ 0,4 point de pourcentage à près de 0,25 point aujourd'hui — une baisse nette liée à la moindre part des produits pétroliers dans la consommation des ménages.
Conséquences pour les ménages et la politique monétaire
Pour les ménages, la bonne nouvelle est que les chocs pétroliers pèsent désormais moins directement sur le pouvoir d'achat. Toutefois, l'inflation globale reste tributaire d'autres facteurs (alimentation, services, loyers) et des risques de remontée des salaires si l'inflation s'enracine.
Pour les banques centrales, une moindre transmission mécanique des prix du pétrole modifie la lecture des chocs exogènes : un pic du brut aura un effet d'amplitude réduite sur l'inflation sous-jacente, mais il faudra rester attentif aux effets de second tour et aux dynamiques salariales qui pourraient prolonger et amplifier l'inflation.
En résumé, la Banque de France observe une atténuation des canaux directs et indirects par lesquels le pétrole alimente les prix à la consommation depuis 2016. Ce rééquilibrage ne rend pas les prix totalement insensibles aux variations du brut, mais il réduit l'ampleur de l'impact immédiat sur l'inflation mesurée.