Pourquoi envisager un pilier par capitalisation ?
La France consacre aujourd’hui environ 2 points de PIB de plus que ses principaux voisins européens au financement des retraites par répartition. Pour Bertrand Martinot, dans une intervention publiée par L’Express pour l’Institut de l’Entreprise, cette situation s’explique par un niveau de pension relativement généreux et par une durée de retraite plus longue liée à l’espérance de vie passée en pension.
Le diagnostic financier
Les projections du Conseil d’Orientation des Retraites (COR), qui prennent pour hypothèse la remise en vigueur de la réforme dite Borne à compter de 2028, montrent un scénario contrasté : à court terme, le pouvoir d’achat des retraités ne subirait pas de chute brutale, mais le solde financier du système se dégraderait nettement à partir du milieu des années 2030. Selon Martinot, ce diagnostic confirme que le modèle actuel reste exposé à une tension durable et justifie une réforme d’ampleur.
La proposition : une capitalisation bâtie sans exploser les finances publiques
Introduire un pilier par capitalisation signifie collecter et investir de l’épargne pour financer, à terme, une partie des pensions. Dans le contexte actuel, les marges de manœuvre budgétaires pour accumuler des réserves nouvelles sont très limitées. L’angle proposé repose donc sur deux leviers :
- une participation financière des retraités actuels à la mise en place du dispositif,
- le recyclage et l’activation des réserves financières existantes détenues par certains régimes par répartition.
Ces idées visent à créer progressivement un capital initial sans imposer immédiatement une charge fiscale supplémentaire importante pour l’ensemble des actifs.
Les limites et les conditions
Martinot souligne que l’espace pour manœuvrer est étroit. Toute opération de transfert de réserves ou de contribution des retraités actuels soulève des questions de justice intergénérationnelle, de légalité et de gouvernance des fonds. Le passage d’un système entièrement par répartition à un dispositif mixte nécessite des choix techniques précis : modalités de versement, indexation des pensions, garanties contre les risques financiers et mécanismes de solidarité.
Ce que disent les chiffres
| Indicateur | Valeur citée |
|---|---|
| Surcoût par rapport aux voisins (PIB) | ~2 points |
| Part des retraites dans les dépenses publiques | ~25% (un quart) |
| Date de remise en vigueur hypothétique de la réforme Borne | 2028 |
Conséquences attendues
Si un pilier par capitalisation était mis en place selon les pistes évoquées, le système français pourrait réduire sa dépendance à la seule répartition et, à terme, alléger la trajectoire du déficit lié aux retraites. En revanche, la réussite dépendra de la capacité à réunir un capital de départ sans fragiliser les assurés actuels et à encadrer strictement la gestion des fonds pour limiter les risques financiers.
« au fil de l’eau »
Le débat que propose l’Institut de l’Entreprise, en pleine campagne présidentielle, s’inscrit dans une réflexion plus large sur la soutenabilité des pensions. Il renvoie aux choix politiques qui seront faits sur la répartition entre solidarité collective et mécanismes d’épargne individuelle ou collective. Les arbitrages toucheront aux montants, à l’âge, aux trimestres et à la nature même de la protection sociale pour les générations présentes et futures.