Madrid avance un candidat crédible pour Francfort
Le gouvernement espagnol a décidé de soutenir la candidature de Pablo Hernández de Cos pour la présidence de la Banque centrale européenne, selon une enquête du quotidien économique espagnol. Cette initiative intervient alors que des signes s'accumulent laissant envisager un départ anticipé de Christine Lagarde à la tête de l'institution, ouvrant la succession au 40e étage de la tour de la BCE à Francfort.
Le choix de Hernández de Cos, aujourd'hui directeur général de la Banque des règlements internationaux (BRI) et ancien gouverneur de la Banque d'Espagne, se fonde sur un parcours longuement exposé au cœur des instances monétaires internationales. Des interlocuteurs proches du dossier évoquent des contacts réguliers entre le candidat pressenti et l'équipe du ministre de l'Économie espagnol, signe d'un travail préparatoire conduit depuis plusieurs mois.
Un profil éprouvé mais politiquement sensible
Le parcours professionnel d'Hernández de Cos est souvent présenté comme difficilement contestable sur le plan technique : direction de la Banque d'Espagne de 2018 à 2024, présidence du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire entre 2019 et 2024, prise de fonction à la BRI en juillet 2025. Ces étapes lui ont offert une forte exposition aux enjeux macroprudentiels et bancaires de la zone euro.
| Fonction | Période |
|---|---|
| Gouverneur de la Banque d'Espagne | 2018–2024 |
| Président du Comité de Bâle | 2019–2024 |
| Directeur général, BRI | Depuis juillet 2025 |
Cependant, l'appui de la Moncloa n'a pas été acquis d'emblée : des tensions passées entre le gouverneur et le gouvernement espagnol, notamment au sujet de positions critiques de la Banque d'Espagne sur des hausses du salaire minimum et des pensions, avaient auparavant entretenu des réticences. Malgré cela, Madrid considère qu'en tant que grande économie et actionnaire principal de la BCE, l'Espagne est légitime à viser le poste.
Calendrier et prudence diplomatique
Le ministère de l'Économie espagnol a rappelé que le processus de sélection n'a pas été lancé et que le gouvernement annoncera « en temps voulu » une candidature adaptée à la mission. Les autorités insistent sur le caractère préparatoire de leurs démarches et sur l'existence d'un délai avant toute décision finale.
« Le processus de sélection n'a même pas encore commencé. Le moment venu, l'Espagne proposera un candidat à la hauteur de la tâche et nous communiquerons sur le sujet. Il y a encore du temps. »
Pour la France, comme pour les autres économies de la zone euro, la nomination du prochain président de la BCE conditionnera la trajectoire future de la politique monétaire : orientation des taux, communication sur l'inflation et coordination avec les autorités budgétaires. Le passage d'un gouvernant technique à un dirigeant issu d'une grande banque centrale ou d'une institution internationale peut influer sur le calibrage des décisions et sur le dialogue avec les États membres.
Conséquences attendues
- Gouvernance : une présidence espagnole renforcerait la représentation des grandes économies périphériques dans les instances de la zone euro.
- Orientation politique : le profil de Hernández de Cos, ancré dans la régulation bancaire et la stabilité financière, pourrait privilégier une approche technique et prudentielle.
- Impact sur la France : toute évolution à la tête de la BCE aura un effet sur la conduite des taux et la communication de la banque centrale, éléments déterminants pour l'économie et les conditions de financement en France.
La course à la présidence de la BCE entre dans une phase d'observation : Madrid pose un candidat crédible sur l'échiquier, mais la nomination dépendra de négociations politiques européennes et du calendrier officiel de sélection, encore non dévoilé.