Une évaluation chiffrée de l’effet « doute » sur l’économie européenne
La Banque centrale européenne publie une estimation révélatrice : entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, la zone euro aurait subi une perte de croissance de 0,4 point imputable à l'accroissement des incertitudes politiques et géopolitiques. Ce résultat, issu du travail des économistes Malin Andersson, Alina Bobasu, Lorena Saiz et Stefania Scrofani, relie explicitement une atmosphère d'incertitude aux décisions d'investissement et de consommation qui freinent l'activité.
Les auteurs utilisent notamment un indice mesurant le « brouillard » informationnel construit par l'économiste Scott Baker, fondé sur l'analyse automatisée de milliers d'articles de presse. En combinant cet indicateur avec d'autres données macroéconomiques, ils isolent un impact quantifiable : la croissance de la zone euro a été inférieure de 0,4 point sur la période considérée du fait de ces doutes.
Contexte : une série de chocs rapprochés
La période récente a été marquée par une succession d'événements exogènes qui ont alimenté l'incertitude :
- la pandémie de Covid‑19 et ses répliques sur les chaînes d'approvisionnement ;
- l'invasion de l'Ukraine par la Russie ;
- l'instabilité liée aux mesures commerciales (notamment des droits de douane décidés par l'administration américaine) ;
- des tensions dans des points névralgiques du commerce mondial, comme le détroit d'Ormuz.
Ces incidents n'ont pas seulement des effets directs — hausse des coûts de l'énergie, perturbations des exportations — : ils modifient les anticipations des entreprises et des ménages. Face à un risque accru, il est souvent rationnel de différer un investissement ou un achat important, ce qui pèse immédiatement sur la demande globale.
Ce que représente 0,4 point de croissance
Pour donner une échelle, la croissance annuelle de la zone euro en 2025 est rappelée à 1,2 %. La décote de 0,4 point mesurée par la BCE n'efface pas cette croissance, mais elle en réduit substantiellement l'élan sur la période considérée. Translating this into policy terms, une telle perte pèse sur l'emploi, les recettes publiques et la marge de manœuvre des décideurs pour soutenir l'activité.
| Période | Indicateur | Valeur |
|---|---|---|
| 2025 (année) | Croissance zone euro | 1,2 % |
| T1 2025 → T1 2026 | Perte liée à l'incertitude | 0,4 point |
Implications pour la France
Pour l'économie française, intégrée aux chaînes européennes, le message est double. D'une part, la réduction des perspectives de croissance renforce la nécessité d'une politique publique ciblée pour soutenir l'investissement productif et la demande intérieure. D'autre part, la méthodologie souligne l'importance des facteurs de confiance : stabiliser les perspectives politiques et commerciales peut avoir un effet direct sur l'activité, parfois aussi puissant qu'un instrument budgétaire ou monétaire.
Enfin, la démonstration de la BCE invite à repenser la gestion des risques internationaux : diversification des approvisionnements, renforcement des infrastructures critiques et dialogues multilatéraux pour réduire les frictions commerciales. Si la mesure précise de l'incertitude reste délicate, la corrélation établie par l'étude entre climat de doute et performance macroéconomique ne laisse guère de doute quant à son importance pour les décideurs.
La publication complète des travaux d'Andersson, Bobasu, Saiz et Scrofani fournit les éléments méthodologiques nécessaires pour approfondir ces conclusions et pour calibrer les réponses politiques en conséquence.