Une opportunité à saisir — mais conditionnée par des infrastructures et des politiques publiques
La Banque mondiale publie un rapport appelant les pays en développement à accélérer l'adoption de l'intelligence artificielle (IA) pour stimuler leur croissance et améliorer la productivité. L'institution va jusqu'à estimer que l'IA pourrait permettre à ces pays de réaliser, en une décennie, des gains qui auraient autrement nécessité un siècle, à condition d'engager des réformes et des investissements ciblés.
Le rapport identifie quatre leviers prioritaires : réseaux énergétiques, connectivité, qualification de la main-d'œuvre et renforcement des institutions. Sans ces socles, les bénéfices potentiels de l'IA resteront limités et risquent même d'accentuer les écarts entre pays riches et pays pauvres.
Une stratégie pragmatique en trois étapes
La Banque mondiale propose une feuille de route en trois temps :
- Adopter rapidement des outils d'IA existants et accessibles.
- Adapter ces outils aux besoins locaux (santé, éducation, agriculture, services juridiques).
- Évoluer progressivement vers des modèles plus avancés lorsque les capacités locales le permettent.
L'institution insiste sur le fait qu'il n'est pas nécessaire d'accéder aux modèles d'IA les plus puissants pour obtenir des améliorations significatives : des solutions moins coûteuses et plus simples peuvent déjà transformer les services publics essentiels.
Risques sociaux et inégalités : un « double effet » à gérer
Le rapport met en garde contre le risque d'une concentration accrue du pouvoir économique et d'une aggravation des inégalités si les États n'agissent pas de manière volontariste. Il fournit des estimations nationales agrégées comparant l'exposition et les gains potentiels d'emplois liés à l'IA :
| Catégorie de pays | Part des emplois exposés à l'IA | Part des emplois pouvant bénéficier d'un gain de productivité |
|---|---|---|
| Pays à revenus faibles ou intermédiaires | 4,5% | plus de 16% |
| Économies avancées | 14,2% | 18,7% |
Ces chiffres montrent une exposition moindre des emplois aux risques d'automatisation dans les pays en développement, mais aussi un potentiel de gains de productivité non négligeable, proche de celui des pays riches. La Banque mondiale rappelle toutefois que, sans politiques d'accompagnement, les bénéfices pourraient rester concentrés.
Infrastructures de base et objectif d'accès à l'électricité
Parmi les priorités citées, l'accès à l'électricité revient comme une condition sine qua non : la Banque mondiale réaffirme son objectif d'offrir l'électricité à 300 millions de personnes d'ici 2030. Sans énergie fiable et une connectivité suffisante, les projets d'IA — même modestes — restent peu viables.
Contexte macroéconomique et urgence d'investir
L'institution rappelle que la décennie 2020 a connu la croissance mondiale la plus faible des 30 dernières années, ce qui renforce l'urgence d'investir dans des leviers de productivité comme l'IA. Pour les autorités françaises et européennes, ces recommandations posent des questions concrètes sur la coopération internationale, le financement des infrastructures et le transfert de compétences vers les pays partenaires.
En pratique, la mise en œuvre des préconisations de la Banque mondiale exigera des arbitrages budgétaires, des partenariats publics-privés et une stratégie d'exportation de compétences numériques, autant de sujets qui figureront au cœur des débats sur la stratégie d'aide au développement et la politique industrielle internationale.