Une accumulation soutenue d'or au cœur de la stratégie monétaire ouzbèke
La Banque centrale d'Ouzbékistan a renforcé ses réserves d'or de 9 tonnes en mai 2024, selon les chiffres publiés par l'institution. Ce mois s'ajoute à des achats répétés depuis le début de l'année pour atteindre un total de 33 tonnes accumulées depuis janvier.
Ce rythme de renforcement place Tachkent au premier rang mondial des acquisitions nettes hors Pologne, d'après les bilans rendus publics. À l'échelle internationale, il s'inscrit dans un mouvement plus large où plusieurs banques centrales accroissent leur exposition au métal jaune.
Un portefeuille de réserve presque mono-actif
Le résultat le plus frappant de cette politique est le poids désormais prépondérant de l'or dans le stock officiel : il représente 87 % des réserves totales de l'Ouzbékistan. Ce ratio est exceptionnel comparé aux moyennes observées globalement, où l'or pèse généralement une part bien moindre des réserves de change.
La stratégie de Tachkent apparaît clairement orientée vers une forme de sécurisation via l'actif physique, réduisant d'autant la part des devises étrangères classiques au sein du bilan public. L'ampleur de cette transformation interroge les fondements d'une diversification saine des réserves, et les conséquences en termes de liquidité et de gestion de change.
Un appui domestique : mine et approvisionnement local
Les autorités bénéficient d'un avantage structurel : une production nationale d'or qui permet d'acheter directement auprès des exploitants locaux, limitant les besoins de devises pour des acquisitions extérieures. Cette verticalité facilite une accumulation rapide et régulière.
- Mai 2024 : +9 tonnes
- Janvier–mai 2024 : total acquis 33 tonnes
- Poids de l'or dans les réserves : 87%
| Période | Acquisitions (tonnes) |
|---|---|
| Mai 2024 | 9 |
| Jan–Mai 2024 | 33 |
Cette orientation rejoint une tendance de dédollarisation observée chez plusieurs banques centrales, lesquelles cherchent à limiter leur exposition aux monnaies internationales en substituant des actifs tangibles. Pour les opérateurs financiers et les investisseurs, cela signifie une recomposition progressive des flux et des niveaux de demande sur les marchés du métal précieux.
En France et en Europe, les conséquences se mesureront surtout sur le plan des prix mondiaux de l'or et de la perception des risques souverains. Les acquisitions massives par des banques centrales augmentent la demande structurelle et peuvent amplifier les tensions sur les approvisionnements, même si la production minière continue de jouer un rôle amortisseur.
Au final, la manœuvre ouzbèke illustre une volonté politique forte de s'abriter derrière l'or physique. Restera à suivre comment cette option influera sur la gestion des réserves, la stabilité monétaire nationale et la liquidité en période de stress financier.