Une stratégie d’accumulation assumée
La Banque de Tanzanie a procédé à l’achat d’environ 28 tonnes d’or en l’espace de 18 mois, pour une valeur estimée à 3,68 milliards de dollars aux cours en vigueur. Cette trajectoire, confirmée par le gouverneur Emmanuel Tutuba via une communication du ministère des Finances, s’inscrit dans une politique de renforcement des actifs de réserve et d’appui au shilling tanzanien.
L’institution s’appuie sur un cadre opérationnel introduit en 2023, le « Domestic Gold Purchase Programme », qui permet l’acquisition directe de métal auprès des producteurs et négociants autorisés sur le territoire.
Un mécanisme qui capte une part des flux miniers
Depuis octobre 2024, une obligation réglementaire impose aux acteurs du secteur aurifère de réserver au moins 20 % de la production destinée à l’exportation pour la vente à la banque centrale. Cette disposition transforme une fraction significative du flux d’exportations de métal en réserves officielles plutôt qu’en recettes de devises immédiatement mobilisables sur les marchés internationaux.
Le choix de l’or comme actif de réserve vise à ancrer une partie de la politique monétaire dans une ressource domestique, avec un circuit d’approvisionnement organisé localement. Ce type d’instrument réduit la dépendance aux guichets extérieurs, tout en stabilisant l’accès à un actif prisé par les autorités monétaires à l’échelle mondiale.
Effets visibles sur les réserves et l’écosystème financier
Le pays dispose d’environ 6 milliards de dollars de réserves de change, équivalents à 4,3 mois d’importations. Dans le même mouvement, plus de 4 000 comptes bancaires supplémentaires ont été ouverts, attestant d’une dynamique financière périphérique au dispositif d’achat domestique d’or.
La séquence tanzanienne reflète une tendance plus large de diversification par les banques centrales, qui réallouent une part de leurs réserves vers le métal jaune. Dans ce contexte, l’adossement à une filière locale, sécurisé par une contrainte de livraison minimale, distingue l’approche du pays par sa rapidité d’exécution.
Points de vigilance et arbitrages
L’accumulation rapide d’or présente des arbitrages connus des professionnels: allocation d’actifs entre or et devises, gestion de la liquidité en période de tension, et exposition aux variations de prix du métal. En mobilisant un quota fixe de production, l’autorité monétaire internalise une partie des risques et des bénéfices de marché au sein du bilan national, avec un impact sur la répartition des revenus entre exportations classiques et actifs de réserve.
Pour les établissements financiers et assureurs exposés à l’économie tanzanienne, le signal est double: renforcement de la base de réserves et approfondissement de l’infrastructure de marché liée à l’or. La présence d’un acheteur souverain structurel peut soutenir la formalisation des flux et la bancarisation des acteurs intermédiaires, comme le suggère la progression des ouvertures de comptes.
Chiffrages clés de la politique aurifère
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Or accumulé (18 mois) | ~28 tonnes |
| Valorisation estimée | 3,68 Mds $ |
| Obligation de cession domestique | ≥ 20 % de la production exportée |
| Réserves de change | ~6 Mds $ (4,3 mois d’importations) |
| Nouveaux comptes bancaires | > 4 000 |
Un mouvement qui dépasse les frontières
La démarche tanzanienne rejoint celle d’autres autorités monétaires qui, ces dernières années, ont accru la part d’or dans leurs portefeuilles. L’objectif est le même: diversifier les réserves et limiter la concentration des risques en devises. La vitesse d’exécution observée en Tanzanie, couplée à une obligation domestique de livraison, en fait toutefois un cas particulièrement instructif pour les banques centrales et les superviseurs qui suivent l’articulation entre ressources minières, marchés de capitaux et stabilité financière.
- Achat accéléré de 28 tonnes sur 18 mois, via un programme domestique lancé en 2023.
- Quota réglementaire de 20 % de la production destinée à l’exportation alloué à la banque centrale depuis octobre 2024.
- Réserves de change évaluées à ~6 Mds $, soit 4,3 mois d’importations, et plus de 4 000 nouveaux comptes ouverts.