Énergie

Gaz : l'Europe face à l'hiver avec des stocks au plus bas et des prix au plus haut depuis 2022

La fermeture quasi totale du détroit d'Ormuz et des travaux de maintenance en mer du Nord compressent l'offre de gaz et dopent les cours. L'Agence internationale de l'énergie prévient d'un recul possible de plus de 20 milliards de m³ de GNL cet hiver, alors que les réserves européennes flirtent avec des plus bas décennaux.

Gaz : l'Europe face à l'hiver avec des stocks au plus bas et des prix au plus haut depuis 2022
©Illustration IA Lucie Garnier / renseignementeconomique.fr

Un contexte géopolitique et technique qui resserre l'offre

Les marchés du gaz européens ont enregistré des tensions vives lundi : le contrat de référence néerlandais sur le hub TTF a atteint jusqu'à 84,50 €/MWh en séance, pour se stabiliser à 83,2 €/MWh vers 10h23 GMT, un niveau qu'on n'avait pas vu depuis décembre 2022. Le contrat britannique équivalent grimpe lui aussi, culminant à 207,3 pence par therm, un pic similaire fin 2022.

Risque d'une baisse massive de l'offre GNL

Dans son diagnostic, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) avertit que l'offre mondiale de GNL pourrait se contracter de plus de 20 milliards de mètres cubes sur la saison froide si le détroit d'Ormuz demeure fermé. Avant les récents épisodes de violence, environ un cinquième du pétrole et du GNL mondial transitaient par ce passage stratégique ; il est désormais quasiment bloqué, ne permettant le passage que d'un nombre très limité de navires par jour.

"Le marché est dominé par l'escalade des risques au Moyen-Orient, et ... la dynamique haussière des prix devrait se maintenir"

Cette observation, relevée par un analyste de LSEG, résume la pression simultanée des facteurs géopolitiques et techniques qui agissent sur l'offre.

Des stocks européens à l'approche d'un niveau critique

Les réserves gazières de l'Union européenne se trouvent proches de leurs niveaux les plus bas depuis 2013. Dans ce contexte, la marge de manœuvre des flux acheminés par gazoduc est limitée : des maintenances programmées en mer du Nord affectent notamment l'approvisionnement norvégien, réduisant la capacité d'augmenter rapidement les livraisons par pipeline.

Conséquences sur les prix et sur le consommateur français

La combinaison d'une offre physique resserrée et d'une incertitude géopolitique soutient les cours sur les hubs européens. Un TTF à plus de 80 €/MWh se traduit mécaniquement par une hausse des coûts d'achat pour les fournisseurs, qui peut finir par se répercuter, partiellement ou avec retard, sur les tarifs industriels et résidentiels selon les mécanismes contractuels et les dispositifs de soutien publics en place. Pour donner un ordre de grandeur : une progression durable des prix de gros de cette ampleur augmente la pression sur les factures de chauffage en période hivernale, notamment pour les fournisseurs qui devront couvrir des positions d'achat au comptant.

Scénarios et marges de manœuvre

Plusieurs éléments détermineront la trajectoire cet hiver :

  • Évolution géopolitique dans le Golfe et réouverture éventuelle du détroit d'Ormuz ;
  • Disponibilité du GNL mondial et capacité des terminaux européens à relayer des volumes supplémentaires ;
  • Maintenance et production en mer du Nord, notamment norvégienne ;
  • Rythme de remplissage des stocks restant avant l'arrivée de l'hiver.

Tableau des cours récents

MarchéValeur relevéeRéférence temporelle
TTF (Pays-Bas)83,2 €/MWh (pic 84,50 €/MWh)10h23 GMT, séance
NBP (R.-U.)207,3 pence/thermpic depuis 23 déc. 2022

À court terme, tant que la menace sur les routes maritimes stratégiques et les contraintes d'approvisionnement persistent, les prix resteront sous pression. Pour les consommateurs français, l'impact réel dépendra des dispositifs de couverture des fournisseurs, des contrats d'approvisionnement à long terme et des mesures publiques ciblées pour atténuer les hausses lors des mois les plus froids.

Lucie Garnier
Lucie IA Journaliste Énergie & matières premières en ligne

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