La régulation britannique s'intéresse aux pratiques comptables et de marché de Barclays
La Banque d'Angleterre, via son bras régulateur prudentiel (PRA), a lancé un examen ciblé sur la manière dont Barclays a traité certains instruments financiers liés au crédit privé. L'alerte émane d'une plainte déposée plus tôt cette année par un collaborateur de la banque, portant sur l'affectation de contrats d'échange sur rendement total (total return swaps) adossés à des prêts illiquides.
Selon le Financial Times, qui a révélé les faits, la PRA cherche à déterminer si ces dérivés ont été présentés comme faisant partie du portefeuille de négociation, et si ce classement a permis de sous-estimer le risque associé à ces actifs peu liquides. La Banque d'Angleterre n'a pas fait de commentaire public immédiat sur l'enquête.
"Barclays prend au sérieux ses obligations réglementaires sur les marchés où elle opère"
Dans un communiqué, l'établissement s'est dit soucieux de ses obligations réglementaires, tout en refusant de préciser le détail de ses échanges avec le régulateur. L'annonce de l'enquête a été suivie de mouvements boursiers : l'action Barclays a perdu 3% lundi à la mi-journée, et affiche une baisse cumulée de 18% sur trois mois, selon les éléments publiés.
Pourquoi la question est sensible
Les contrats d'échange sur rendement total permettent de transférer les risques et rendements d'un actif sans en transférer la propriété sous-jacente. Leur utilisation pour financer des prêts de crédit privé — un marché où les actifs peuvent manquer de liquidité — pose une double interrogation :
- sur la qualité du classement comptable de ces instruments (portefeuille de négociation vs portefeuille bancaire) ;
- sur l'évaluation du risque en période de stress de marché, lorsque la valorisation et la liquidité sont fragiles.
La PRA interdit en principe l'inscription dans le portefeuille de négociation de dérivés adossés à des garanties illiquides, sauf si la banque peut démontrer qu'elle dispose de capacités appropriées pour en gérer les risques. La plainte évoquée par le FT soutient que Barclays n'aurait pas respecté cette règle, sans que le montant en jeu soit précisé publiquement.
Conséquences et enjeux pour le secteur
Au-delà de Barclays, l'enquête rappelle que les autorités prudentielles surveillent de près les arbitrages comptables et la structuration des produits financiers complexes. Pour les clients et les marchés, la classification d'un instrument peut influer sur les exigences de fonds propres, la transparence des bilans et la perception du risque.
| Élément | Valeur rapportée |
|---|---|
| Variation du cours (sur 3 mois) | -18% |
| Variation constatée (lundi, mi-journée) | -3% |
| Objet de la plainte | Dérivés (total return swaps) adossés à des prêts de crédit privé illiquides |
Si la PRA confirme des manquements, Barclays pourrait être confrontée à des sanctions administratives, à des redressements comptables ou à des exigences de capitaux supplémentaires. À plus long terme, l'affaire peut pousser les banques à clarifier leurs méthodes de valorisation et leurs politiques d'affectation d'actifs risqués, en particulier pour des instruments hors des marchés liquides.
Surveillance renforcée et transparence
La révélation de cette enquête illustre la tension entre innovation financière et exigences de transparence imposées par les régulateurs. Les acteurs du marché doivent concilier recherche de rendement sur des actifs alternatifs et respect des règles prudentielles, sous peine d'impacter la confiance des investisseurs et la valorisation en Bourse.
Pour l'heure, les détails numériques et le montant des positions concernées n'ont pas été rendus publics. La suite dépendra des conclusions de la PRA et de la communication ultérieure de Barclays.