Une amende historique qui marque le DSA
La Commission européenne a infligé 550 millions d’euros à AliExpress, sanctionnant des manquements jugés graves dans l’application du Digital Services Act (DSA) par la très grande plateforme de commerce en ligne. Cette décision fait suite à une procédure engagée en mars 2024 et à des engagements proposés par la plateforme en juin 2025, qui ont finalement été rendus contraignants mais jugés insuffisants par l’exécutif européen.
Trois failles dans l’évaluation des risques
La Commission relève trois insuffisances majeures dans l’évaluation dite « avec diligence » des risques liés à la diffusion de produits illégaux. AliExpress aurait sous‑estimé les moyens humains nécessaires à la modération, mal évalué le rôle de ses systèmes de recommandation et publicitaires dans la propagation d’offres illicites, et fondé son analyse sur des indicateurs quantitatifs jugés insuffisants. Les tests menés par Bruxelles ont mis en évidence que de nombreux produits illicites restaient proposés, promus ou remis en circulation malgré les dispositifs annoncés.
Des dispositifs d’atténuation inefficaces
Sur le volet d’atténuation des risques systémiques, la Commission conclut qu’AliExpress n’a pas pris de mesures effectives. Les mécanismes de détection et de retrait ont été considérés comme inefficaces : contrefaçons, jouets dangereux et cosmétiques non conformes sont restés en ligne pendant plusieurs semaines, tandis que les sanctions envers les vendeurs fautifs étaient mal appliquées. La plateforme aurait aussi permis à des commerçants de contourner les contrôles en classant volontairement leurs produits dans de mauvaises catégories. Enfin, le système d’« autorisation de marque », présenté comme un rempart contre les contrefaçons, n’a pas joué son rôle de manière satisfaisante.
Ce que cela implique pour le secteur et la communication des plateformes
Cette décision fixe un précédent important pour les stratégies de conformité et de communication des marketplaces : il ne suffit plus d’annoncer des mesures ou des engagements publics, il faut démontrer leur efficacité opérationnelle. Pour les équipes marketing, produit et compliance, l’enjeu est double : reconstruire la confiance des consommateurs et des autorités, tout en montrant, preuves à l’appui, l’efficacité des dispositifs de modération et des algorithmes de recommandation.
Conséquences pratiques et leviers à surveiller
Au‑delà de l’amende elle‑même, la décision de la Commission invite à une réévaluation des investissements :
- renforcement des équipes humaines de modération ;
- audit et recalibrage des systèmes de recommandation et des formats publicitaires ;
- mise en place d’indicateurs qualitatifs complémentaires aux métriques quantitatives actuelles ;
- contrôles renforcés sur la classification produit et les dispositifs d’autorisation de marque.
| Faille identifiée | Impact observé |
|---|---|
| Modération insuffisante | Produits illicites restés en ligne plusieurs semaines |
| Systèmes de recommandation/publicité mal évalués | Promotion et remise en circulation d’offres illégales |
| Indicateurs quantitatifs insuffisants | Évaluation des risques incomplète |
La sanction de 550 millions d’euros constitue la plus importante prononcée jusqu’ici dans la courte histoire du DSA et servira de repère pour l’ensemble des acteurs de la vente en ligne. Les prochaines étapes seront d’observer comment AliExpress remodèle ses processus opérationnels et comment les autres marketplaces ajusteront leurs investissements en modération, conformité et ingénierie des recommandations.