Un retour à la croissance faible attendu pour avril-juin
L'Insee révèle ce jeudi l'évolution du produit intérieur brut (PIB) de la France pour le deuxième trimestre, après un recul de 0,1% enregistré sur les trois premiers mois de l'année. Les premières prévisions professionnelles tablent sur un regain, mais limité : l'Institut évoque un "regain temporaire" de +0,3% sur la période, la Banque de France penche pour +0,2% et le consensus d'analystes interrogés par Bloomberg se situe lui aussi à +0,2%.
Cette annonce intervient alors que plusieurs grandes économies européennes publient à leur tour leurs chiffres trimestriels, et que l'Irlande a déjà enregistré un rebond spectaculaire de +3,9% — une hausse largement liée à des opérations comptables de multinationales, rappelant combien certains chiffres peuvent être volatils et peu représentatifs de l'activité réelle.
Ce qui pousse la croissance — et ce qui la freine
Les économistes s'accordent sur un mécanisme central pour ce trimestre : la contribution des exportations devrait être plus favorable qu'au début de l'année, notamment parce que des livraisons retardées dans le secteur aéronautique ont commencé à se rattraper. En revanche, plusieurs facteurs limitent nettement la dynamique :
- un choc énergétique qui a pesé sur le pouvoir d'achat des ménages ;
- une consommation privée qui reste peu soutenue selon les prévisions ;
- l'effet d'actualité géopolitique, en particulier la guerre au Moyen-Orient, qui ajoute un risque baissier sur l'activité.
"Sur le deuxième trimestre, la contribution des exportations va jouer dans l'autre sens. Donc on va être sur une croissance, mais faible, parce qu'il y a quand même eu le choc énergétique"
Cette appréciation, formulée par l'économiste Sylvain Bersinger, synthétise le scénario attendu : une croissance positive mais modeste, tirée par les échanges extérieurs plutôt que par une vigueur domestique marquée.
Des estimations rapprochées, mais des incertitudes persistantes
Les projections de la Banque de France, de l'Insee et du panel Bloomberg convergent vers un trimestre faiblement positif. Mais d'autres voix, comme celle de Peter Vanden Houte (ING), restent plus prudentes : il évoque une possible stagnation du PIB sur la période, en s'appuyant sur l'impact durable de la hausse des prix de l'énergie sur le revenu disponible.
Au-delà du chiffre de croissance lui-même, ce qui compte pour les ménages et les entreprises, ce sont les conséquences concrètes : un rebond centré sur les exportations limite l'effet sur l'emploi domestique et le pouvoir d'achat ; si la consommation ne repart pas, le second semestre risque de rester terne.
Points de comparaison
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| PIB France T1 | -0,1% |
| Prévision Insee T2 | +0,3% |
| Prévision Banque de France T2 | +0,2% |
| Consensus Bloomberg T2 | +0,2% |
| PIB Irlande T2 (déjà publié) | +3,9% |
Ces écarts illustrent les marges d'incertitude : selon que la consommation résiste ou que les cours de l'énergie se stabilisent, l'activité peut soit gagner en traction, soit retomber.
Enjeux pour la politique économique
Un trimestre légèrement positif ne dissipe pas les interrogations sur la trajectoire à moyen terme : pour les décideurs, la priorité reste de soutenir le pouvoir d'achat sans relancer une inflation déjà contenue, tandis que les entreprises surveillent la demande intérieure. Les chiffres de l'Insee fourniront des éléments concrets pour ajuster les prévisions et les décisions — des banques centrales aux ministères — au cours des prochaines semaines.