Un virage stratégique sous contrainte budgétaire
La Mission French Tech s'apprête à clore un chapitre symbolique de sa politique d’inclusion. Le programme Tremplin, lancé en 2019 pour ouvrir l’écosystème à des profils sous-représentés, cessera en juin 2027. En cause : l’austérité budgétaire et un bilan jugé insuffisamment efficace au regard de son coût, estimé à une dizaine de millions d’euros par an. La cinquième promotion, annoncée discrètement lors de VivaTech en juin, sera la dernière – avec un nombre de bénéficiaires réduit.
De l’inclusion à la montée en puissance
À la place, la Mission French Tech prépare Nova, un dispositif moins coûteux et centré sur le scale-up. Ce choix oriente l’effort public vers l’accélération d’acteurs déjà lancés, au détriment d’une logique d’ouverture des portes à de nouveaux profils. Tremplin offrait jusqu’à 500 places par promotion, une année d’incubation via des partenaires, et un accompagnement à l’« acculturation » aux codes de la tech par les Capitales French Tech et des associations sur tout le territoire. Nova devra redéfinir l’équilibre entre efficacité économique et diversité.
Un écosystème encore peu représentatif
À l’origine, Tremplin visait à corriger des biais massifs : un univers dominé par des profils masculins, souvent issus des CSP+ et des grandes écoles. Les indicateurs avancés lors du lancement parlent d’eux-mêmes : 90 % d’hommes parmi les fondateurs, 71 % diplômés de grandes écoles, 83 % au niveau Bac +5, pour une moyenne d’âge de 40 ans. Le message politique de l’époque posait un cap clair.
« Le visage de la French Tech ne ressemble pas à celui de la France. Les entrepreneurs du numérique sont majoritairement des hommes qui vivent en centre-ville, issus de familles CSP+. Pourtant, ce ne sont pas les seuls à avoir des idées. »
Ce diagnostic, formulé au lancement par Mounir Mahjoubi, alors secrétaire d’État au Numérique, servait de boussole à Tremplin. La fin programmée du dispositif questionne la capacité de l’écosystème à corriger ces déséquilibres sans appui dédié.
Ce que change la bascule pour les acteurs
- Incubateurs et Capitales French Tech : l’arrêt de Tremplin en 2027 asséchera un flux de porteurs de projets accompagnés pendant un an, affectant le dealflow d’initiatives issues de milieux moins favorisés.
- Entrepreneurs « hors radars » : la disparition d’un parcours balisé d’acculturation et d’hébergement en incubateur risque de relever la barre à l’entrée, à l’heure où les codes de la tech restent exigeants.
- Politiques publiques : Nova, focalisé sur la montée en puissance, pourrait améliorer la productivité de l’euro public investi, mais au prix d’un arbitrage assumé entre diversité en entrée et consolidation en sortie.
Les chiffres qui ont cadré Tremplin
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Année de lancement | 2019 |
| Coût annuel estimé | ~10 M€ |
| Durée d’accompagnement | 1 an |
| Bénéficiaires par promotion | Jusqu’à 500 |
| Fin programmée | juin 2027 |
Un bilan et des questions ouvertes
La Mission French Tech considère Tremplin « pas assez efficace ». Si l’article ne détaille pas d’indicateurs d’impact, le recentrage sur le scale-up traduit une logique de rendement : maximiser la traction d’acteurs déjà amorcés plutôt que multiplier les primo-entrepreneurs. Reste un enjeu de représentation : sans mécanisme ciblé, comment éviter le retour d’un entre-soi « très blanc et masculin » qui avait justifié la création de Tremplin ?
La cinquième et ultime promotion – déjà en effectifs réduits – servira de transition. Les modalités concrètes de Nova, au stade de nom provisoire, seront déterminantes pour concilier contrainte budgétaire et pluralité des profils. L’équation n’est pas nouvelle, mais elle se tend : arbitrer entre égalité des chances et efficacité économique devient, plus que jamais, un test de maturité pour la startup nation.