Une mutation structurelle annoncée
Dans un entretien publié par La Tribune Dimanche, Marie-Ange Debon, PDG de La Poste, expose la stratégie visant à compenser la chute continue du courrier. Le groupe table sur une progression de son chiffre d'affaires de 34,4 milliards d'euros en 2025 à 40 milliards d'euros d'ici 2031, en s'appuyant sur trois leviers : la logistique, les services financiers et le numérique.
Ce que disent les chiffres
La transformation est dictée par l'effondrement des volumes postaux. Selon la dirigeante, le courrier ne représente plus que 15 % du chiffre d'affaires du groupe. Les trafics ont plongé :
- Il y a quinze ans, La Poste traitait 18 milliards de lettres par an.
- Elle en traite aujourd'hui 5 milliards, dont 90 % sont du courrier d'entreprises.
- Le volume devrait encore reculer à 3 milliards à l'horizon 2031.
Cette érosion se traduit par une perte annuelle d'environ 500 millions d'euros sur l'activité courrier, un déficit structurel que le groupe devra compenser par la croissance des autres métiers.
Trois axes pour compenser la décroissance postale
Pour Marie-Ange Debon, la palette de métiers de La Poste permet de basculer vers d'autres revenus :
- Logistique : tirer parti du boom du e-commerce et des services colis, en France et à l'étranger.
- Services financiers : renforcer la banque-assurance, activité à forte valeur ajoutée pour la clientèle de particuliers et de professionnels.
- Numérique : développer des services et solutions digitales pour entreprises et collectivités.
« Le courrier ne représente plus plus que 15 % du chiffre d’affaires global. »
Une entreprise plus internationale et diversifiée qu'on ne le croit
La PDG souligne aussi l'ampleur internationale du groupe : 45 % du chiffre d'affaires est réalisé à l'étranger, notamment en Europe et au Brésil. Elle rappelle la diversité des clients — des plateformes comme Amazon et Vinted aux petits commerçants — et compare la taille potentielle du groupe à des acteurs cotés comme Danone ou Thales si La Poste devait être en Bourse. L'objectif est de mieux valoriser des actifs et des savoir-faire jugés encore trop méconnus du grand public.
Conséquences pour les salariés, les clients et le secteur
La trajectoire esquissée implique plusieurs conséquences concrètes :
- Pour les salariés : nécessité de montée en compétences sur la logistique, le numérique et les services financiers ; réaffectations et formations internes probables pour absorber la décroissance du métier courrier.
- Pour les clients : diversification de l'offre, avec des services numériques et financiers renforcés ; pour les entreprises, une concentration sur le courrier professionnel (qui représente aujourd'hui 90 % des volumes restants).
- Pour le secteur postal : accélération de la recomposition du marché, avec un acteur historique qui transforme son modèle économique sous la pression des volumes et des pertes financières dans le courrier.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Chiffre d'affaires (2025) | 34,4 milliards € |
| Objectif CA (2031) | 40 milliards € |
| Part du courrier dans le CA | 15 % |
| Volumes de lettres (il y a 15 ans) | 18 milliards |
| Volumes de lettres (aujourd'hui) | 5 milliards |
| Projection 2031 (lettres) | 3 milliards |
| Perte annuelle liée au courrier | ~500 millions € |
Un défi stratégique majeur
La feuille de route dévoilée par la direction traduit la double réalité à laquelle La Poste est confrontée : une forte érosion d'une activité historique et une opportunité de monétiser des métiers en croissance. Reste à transformer ces ambitions en gains de parts de marché et en rentabilité concrète, tout en gérant l'impact social de cette mutation. Les prochains plans opérationnels, les investissements dans les compétences et la capacité à séduire de nouveaux clients seront déterminants pour atteindre l'objectif des 40 milliards d'euros en 2031.