Un constat sévère sur les conseils du FMI aux pays à faibles revenus
Un collectif d'ONG – ActionAid, Education International et la Tax and Education Alliance – publie en juin une étude qui remet en cause la trajectoire suivie par le Fonds monétaire international (FMI) depuis plusieurs années. En s'appuyant sur 29 documents émanant de l'institution et portant sur 11 pays entre février 2022 et février 2025, les auteurs estiment que les préconisations du FMI continuent de favoriser le remboursement de la dette et des politiques d'austérité, au détriment des investissements publics essentiels.
Le périmètre analysé est volontairement hétérogène : le rapport couvre le Brésil, le Ghana, le Kenya, le Malawi, le Népal, le Nigeria, le Sénégal, l'Ouganda, le Royaume-Uni, la Zambie et le Zimbabwe. L'objectif des auteurs est d'évaluer si les conseils du FMI tiennent compte des contextes nationaux ou s'ils se bornent à appliquer un «livre de recettes» uniforme.
Des recommandations qui semblent déconnectées des besoins sociaux
Selon le rapport intitulé Still Cooking With a Failed Recipe : A review of IMF country advice on social spending, public services, debt, tax and gender equality, l'institution n'a pas réellement modifié sa pratique. Malgré des déclarations publiques favorables à un soutien des dépenses sociales et à une croissance inclusive, les politiques recommandées restent axées sur la compression budgétaire et la priorisation du service de la dette.
« il ne s’agissait plus du ‘FMI de votre grand-mère’ »
Les auteurs rappellent la fameuse formule prononcée par Christine Lagarde en 2014 pour signifier une prétendue évolution du FMI. Le rapport conclut cependant que, dans la pratique, cette « rénovation » a des limites notables lorsqu'il s'agit d'orientations concrètes au niveau des pays.
Conséquences pour les services publics et la redistribution
Le cœur de la critique porte sur l'impact des recommandations sur les dépenses publiques essentielles : éducation, santé, et autres services sociaux. En orientant les États vers l'apurement des dettes et des coupes budgétaires, l'institution risquerait, selon les ONG, d'affaiblir la capacité de ces pays à financer des services publics universels, freinant ainsi les progrès en matière d'équité et de développement humain.
- 29 documents analysés couvrant divers types d'interventions (consultations Article IV, accords de prêts, assistance technique).
- Une période d'observation : février 2022 – février 2025.
- Un panel de 11 pays sélectionnés pour leur hétérogénéité géographique et économique.
Tableau synthétique des pays examinés
| Pays | Région |
|---|---|
| Brésil | Amériques |
| Ghana | Afrique de l'Ouest |
| Kenya | Afrique de l'Est |
| Malawi | Afrique australe |
| Népal | Asie |
| Nigeria | Afrique de l'Ouest |
| Sénégal | Afrique de l'Ouest |
| Ouganda | Afrique de l'Est |
| Royaume-Uni | Europe |
| Zambie | Afrique australe |
| Zimbabwe | Afrique australe |
Enjeux pour la France et la scène internationale
Pour la France et ses partenaires européens, ce diagnostic ravive un débat stratégique : doit-on poursuivre des politiques qui conditionnent le soutien financier à des ajustements budgétaires stricts, ou promouvoir des mécanismes plus flexibles favorisant l'investissement public et la protection sociale ? Les conclusions du rapport plaident pour une réforme de l'architecture financière internationale, en particulier une convention-cadre onusienne sur la gestion des dettes souveraines qui autoriserait des annulations et redéploierait des ressources vers le bien-être humain.
La réaction du FMI n'est pas incluse dans le rapport ; néanmoins, la critique des ONG alimente les pressions en faveur de changements institutionnels. À court terme, les recommandations peuvent peser sur les décisions de prêts et d'assistance technique, et, à plus long terme, sur la crédibilité du FMI en tant qu'acteur de la lutte contre les inégalités et pour une croissance inclusive.
La question reste ouverte : l'institution de Bretton Woods pourra-t-elle concilier discipline macroéconomique et besoins sociaux des pays les plus fragiles, ou poursuivra-t-elle des prescriptions qui, selon ses détracteurs, perpétuent des déséquilibres au détriment des services publics ?