Un premier semestre marqué par la fuite des dépôts
Le Livret A a connu, au premier semestre 2026, sa plus forte décollecte depuis 2008 : les retraits ont dépassé les versements de 5,93 milliards d'euros sur la période, selon les données publiées par la Caisse des dépôts. Associé au Livret de développement durable et solidaire (LDDS), le solde net atteint -6,89 milliards d'euros depuis le 1er janvier.
Pourquoi ce désamour ?
Plusieurs facteurs expliquent cette inversion des flux. D'abord, la rémunération du Livret A est tombée à 1,5 % en février 2026 après un niveau à 3 % en 2023. Le gouvernement a annoncé mi‑juillet un relèvement à 1,7 % à compter du 1er août, applicable aussi au LDDS, mais cette hausse intervient après plusieurs mois de retraits. Ensuite, la concurrence des autres enveloppes d'épargne, notamment l'assurance‑vie, attire des capitaux : les encours des contrats d'assurance‑vie s'élevaient à 2 162 milliards d'euros fin mai, soit une hausse annuelle significative.
Les chiffres en perspective
- Collecte nette Livret A (janv‑juin 2026) : -5,93 Mds€
- Collecte nette Livret A + LDDS (janv‑juin 2026) : -6,89 Mds€
- Collecte nette pour les mêmes livrets en 2025 : +6,03 Mds€
- Collecte nette en 2024 : plus de 15 Mds€
- Record en 2023 : près de 26 Mds€
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Encours Livret A + LDDS (30 juin 2026) | 608,3 Mds€ |
| Décollecte LEP (depuis 1er janv. 2026) | -380 M€ |
| Encours LEP (fin juin 2026) | 83,5 Mds€ |
Conséquences et arbitrages pour l'épargne réglementée
Pour la première fois, la capitalisation des intérêts de la fin 2025 n'a pas suffi à compenser la décollecte enregistrée au premier semestre 2026, entraînant une légère baisse annuelle de l'encours global. La posture conservatrice du Livret A — liquidité immédiate, garantie de l'État, exonération fiscale — reste inchangée ; son attractivité dépend donc largement du différentiel de taux par rapport aux alternatives.
Le Livret d'épargne populaire (LEP), destiné aux ménages modestes, a été maintenu à 2,5 % par le gouvernement et affiche une décollecte plus limitée en valeur absolue (-380 M€), mais conserve un encours conséquent. À l'inverse, l'assurance‑vie continue d'attirer, portées par des rendements ou des offres perçues comme plus rémunératrices et par la recherche de diversification.
Quelle suite ?
Le relèvement à 1,7 % au 1er août pourrait stabiliser les flux du Livret A et du LDDS, mais l'effet dépendra de la dynamique des marchés et des taux d'intérêt. Pour l'heure, les données du premier semestre illustrent un mouvement clair : face à la baisse de rémunération, une partie des ménages réalloue leurs liquidités vers d'autres supports, réduisant temporairement l'empreinte du produit d'épargne préféré des Français.