Une désaffection qui s'amplifie
Le Livret A, placement liquide et défiscalisé détenu par près de 58 millions de Français, a enregistré en juin une décollecte de 1,17 milliard d'euros sur l'ensemble de ses flux avec le Livret de développement durable et solidaire (LDDS). Sur les six premiers mois de l'année, les sommes retirées dépassent les dépôts à hauteur de 6,9 milliards d'euros, soit le plus mauvais semestre depuis 2009.
Cette saignée s'explique en grande partie par la faiblesse de la rémunération du produit : après des révisions successives, le taux est passé de 3,0% début 2025 à 1,5% le 1er février 2026. Une revalorisation modeste est annoncée : le taux repassera à 1,7% au 1er août.
Des arbitrages financiers explicables
Face à ce rendement réel négatif (l'inflation en France était de 1,8% en juin sur un an), de nombreux épargnants préfèrent d'autres solutions. Les choix se font selon l'horizon et la fiscalité :
- placements court terme : livrets bancaires promotionnels proposant parfois plus de 3% (souvent pour une durée limitée et soumis à l'impôt) ;
- horizon six mois à deux ans : comptes à terme, qui peuvent offrir une rémunération supérieure une fois la fiscalité prise en compte ;
- horizon long : assurance-vie en fonds euros, qui assure le capital et propose des rendements nettement plus élevés que le Livret A pour certaines années.
Chiffres comparés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Décollecte en juin (Livret A + LDDS) | 1,17 Md€ |
| Décollecte depuis janvier | 6,9 Md€ |
| Taux début 2025 | 3,0 % |
| Taux au 1er févr. 2026 | 1,5 % |
| Taux au 1er août 2026 (annoncé) | 1,7 % |
| Inflation (juin, glissement annuel) | 1,8 % |
Conséquences pour les ménages et les banques
La baisse d'attractivité du Livret A entraîne plusieurs effets simultanés : les ménages puisent parfois dans cette épargne pour compenser la hausse des prix, ou transfèrent des liquidités vers des produits offrant de meilleures rémunérations immédiates. Pour les établissements bancaires, la concurrence entre livrets promotionnels et comptes à terme reste une arme commerciale pour capter des dépôts temporaires, mais ces offres sont souvent limitées dans le temps et fiscalisées.
Ce qu'il faut retenir
Le Livret A conserve son rôle d'enveloppe sûre et accessible, mais il est moins adapté à la recherche de rendement dans le contexte actuel. La revalorisation prévue à 1,7 % au 1er août est une amélioration, mais elle ne compense pas complètement l'inflation constatée en juin. Les arbitrages des épargnants continueront de dépendre de l'évolution des taux, de la fiscalité et des besoins de liquidité.