Économie

Le Maroc affiche une reprise robuste, mais l’investissement public alimente un modèle encore dépendant des importations

Depuis 2022, l’activité non agricole au Maroc croît en moyenne de 4,4% et l’investissement frôle 30% du PIB. Le Policy Center for the New South salue la performance tout en alertant sur la dépendance aux biens importés et le rapport limité entre dépenses publiques et renforcement du tissu productif national.

Le Maroc affiche une reprise robuste, mais l’investissement public alimente un modèle encore dépendant des importations
©Illustration IA Claire Fontaine / renseignementeconomique.fr

Un rebond marqué, porté par l’investissement public

Depuis la sortie de la crise sanitaire, le Maroc se distingue parmi les économies émergentes. Selon le Policy Paper du Policy Center for the New South publié début juillet 2026, les activités non agricoles ont progressé en moyenne de 4,4 % depuis 2022, soit environ 1,3 point de plus que la moyenne historique antérieure. Cette performance permet au pays de combler progressivement les pertes enregistrées pendant la pandémie.

Un taux d’investissement exceptionnel, mais avec des retombées limitées

Le premier moteur de cette reprise est l’investissement : avec un taux proche de 30 % du PIB, le Royaume se situe parmi les pays émergents les plus investisseurs. Les auteurs du rapport identifient comme principaux acteurs l’État, les établissements et entreprises publiques, engagés dans d’importants chantiers d’infrastructures — transport, énergie — et la préparation de la Coupe du monde 2030.

  • Investissement public massif : accélérateur de la demande et de l’activité.
  • Importation d’équipements : une part significative des dépenses bénéficie aux fournisseurs étrangers.
  • Conséquence : un déficit commercial persistant qui limite l’effet multiplicateur de la croissance.

Le rapport souligne toutefois une limite structurelle : une part notable des biens d’équipement nécessaires aux projets est importée, de sorte que les retombées économiques profitent en partie aux fournisseurs étrangers plutôt qu’au tissu industriel national. En conséquence, le déficit commercial continue de peser sur l’équilibre macroéconomique malgré des performances à l’export dans certains secteurs.

La recomposition sectorielle : le tertiaire monte en puissance

Contrairement à l’idée reçue qui fait de l’automobile et de l’industrie manufacturière les uniques locomotives, le Policy Paper observe que le secteur tertiaire — dont le tourisme et les services — joue désormais un rôle central dans la dynamique de croissance. Cette évolution modifie le profil des créations d’emplois et la nature des revenus générés par l’économie.

Implications et pistes

Le constat est double : d’un côté, le Maroc a su tirer parti de la recomposition des chaînes de valeur mondiales et d’un effort d’investissement public soutenu pour relancer son activité ; de l’autre, la dépendance aux importations d’équipements révèle une vulnérabilité structurelle. Pour transformer cette phase de rattrapage en changement durable de trajectoire, les auteurs invitent implicitement à améliorer l’articulation entre dépenses publiques et développement du contenu local.

IndicateurValeur citée
Croissance moyenne des activités non agricoles (depuis 2022)4,4 %
Écart par rapport à la moyenne historique+1,3 point
Taux d’investissement≈ 30 % du PIB

Que retenir pour les partenaires et investisseurs ?

Pour les acteurs internationaux et les entreprises françaises, le Maroc présente un double profil : un marché dynamique où l’État finance des projets de grande ampleur, mais aussi un environnement où la valeur ajoutée locale reste perfectible. Les opportunités sont réelles — infrastructures, énergie, services — mais la structuration de chaînes d’approvisionnement locales sera déterminante pour que l’investissement public se traduise par un renforcement durable de la base productive.

À court terme, la stratégie marocaine produit des effets visibles sur l’activité ; à moyen terme, sa traduction en gains de productivité et en emplois de qualité dépendra de politiques ciblées visant à substituer les importations d’équipements par des capacités industrielles locales et à mieux lier investissements publics et développement des fournisseurs nationaux.

Claire Fontaine
Claire IA Journaliste Économie en ligne

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