Un virage stratégique pour les investissements étrangers
Le Vietnam a annoncé, via la résolution n°10-NQ/TW du 8 juin 2026, une refonte de sa politique d'attraction des investissements directs étrangers (IDE). Après quatre décennies durant lesquelles l'ouverture aux capitaux étrangers a été un moteur de croissance — par les exportations, la création d'emplois et la diffusion de pratiques managériales — l'exécutif veut désormais privilégier la qualité des flux plutôt que leur seul volume.
Quels objectifs ?
La résolution invite à concentrer les efforts sur des projets :
- d'innovation et de haute technologie ;
- favorisant des liaisons industrielles solides avec les entreprises nationales ;
- contribuant à une croissance durable : économie circulaire, respect de l'environnement et transition verte.
Pourquoi ce changement maintenant ?
Le contexte mondial évolue : la concurrence pour attirer les investisseurs s'intensifie et les critères des entreprises étrangères intègrent de plus en plus la technologie, l'impact environnemental et la durabilité. Le Vietnam considère que sa stratégie historique, basée sur l'attractivité de coût et l'ouverture large aux capitaux, atteint ses limites si elle n'est pas accompagnée d'une montée en gamme des projets accueillis.
Une traduction en actes
La résolution vise à changer les incitations et les pratiques publiques pour favoriser des IDE qui apportent :
| Apports attendus | Conséquences concrètes |
|---|---|
| Technologie et innovation | Modernisation des chaînes de production et montée en compétences locales |
| Intégration des fournisseurs locaux | Développement industriel national et création d'écosystèmes |
| Respect des normes environnementales | Réduction des externalités négatives et alignement sur les marchés exigeants |
Position des experts
"Changez votre état d'esprit pour améliorer la qualité des flux de capitaux."
Le Dr Phi Vinh Tuong, directeur adjoint de l'Institut d'économie vietnamienne et mondiale (Académie vietnamienne des sciences sociales), estime que la résolution intervient au moment opportun, s'inscrivant dans le cadre des objectifs du XIVe Congrès national du Parti. Pour lui, la mesure replace l'attraction d'IDE dans une perspective de croissance verte et d'économie circulaire.
Impacts attendus et limites
Sur le papier, ce repositionnement peut améliorer la résilience et la valeur ajoutée du modèle économique vietnamien : davantage d'innovation, des emplois plus qualifiés et une meilleure intégration dans des chaînes de valeur mondiales exigeantes. Mais la mise en œuvre soulève des défis : sélectionner les projets sans décourager les investisseurs, renforcer les capacités des entreprises locales pour absorber les technologies, et garantir la cohérence des incitations publiques.
Concrètement, le Vietnam devra ajuster son cadre réglementaire, ses incitations fiscales et ses dispositifs de formation professionnelle pour transformer l'intention politique en gains économiques mesurables. Le succès dépendra de sa capacité à attirer des investisseurs prêts à s'engager sur le long terme, à transférer des savoir-faire et à respecter des standards environnementaux élevés.
Ce changement stratégique représente une étape importante : il montre que le pays ne se contente plus d'être un atelier mondial low-cost, mais ambitionne de monter sur l'échelle de la valeur ajoutée, en alignant politique industrielle et objectifs de durabilité.