Un plan massif centré sur la bioénergie forestière
Le gouvernement du Québec a déposé le PGIRE 2026-2050, une feuille de route qui prévoit 87 milliards de dollars d'investissements répartis sur 25 ans pour augmenter la part des énergies renouvelables dans la consommation provinciale. Parmi les options retenues — bioénergie, électricité, hydrogène et captage du carbone — le plan met en avant la bioénergie forestière comme secteur prioritaire pour accroître capacités et investissements.
« Le PGIRE trace la feuille de route adoptée par le Québec pour accroître, d'ici 2050, la part des énergies renouvelables dans sa consommation, avec un investissement estimé à 87 milliards de dollars sur 25 ans, notamment dans la bioénergie, l'électricité, l'hydrogène et le captage du carbone. »
La valorisation des résidus forestiers est identifiée comme une source stratégique : le plan regroupe le gaz naturel renouvelable (GNR) et le biocarbone (biochar/biocarbone) issus de ces résidus. Le GNR est présenté par le PGIRE comme le seul gaz renouvelable actuellement compatible avec une injection à grande échelle dans le réseau gazier existant du Québec, l'hydrogène restant limité par des contraintes techniques à ce stade.
Enjeux industriels et filières locales
La position du Québec a une double portée : écologique, en proposant des alternatives pour réduire l'utilisation de combustibles fossiles dans des industries lourdes difficilement décarbonables ; économique, en créant des débouchés pour des acteurs locaux. CHAR Technologies, acteur canadien spécialisé dans la transformation de biomasse, a immédiatement salué le PGIRE : l'entreprise produit à la fois du GNR et du biocarbone à partir de résidus forestiers et développe un réseau d'unités modulaires HTP (Hydrothermal Processing) destinées à transformer ces résidus sur place.
Une partie du processus mentionné consiste à produire du biochar localement, puis à l'acheminer vers une installation de transformation — citée dans le dossier de presse — située au Saguenay pour granulation et conversion en biocarbone. Ce modèle industriel, très ancré territorialement, vise à limiter les transports de matière première tout en favorisant l'implantation d'unités sur des territoires forestiers.
Conséquences pour les marchés et pour le consommateur
Sur les marchés, la montée en puissance du GNR peut influer sur la demande de gaz fossile dans les réseaux régionaux et stimuler des investissements dans les chaines logistiques de biomasse. À l'échelle du consommateur québécois, l'impact est indirect : substituer une partie du gaz d'origine fossile par du GNR ne garantit pas une baisse immédiate des factures, mais renforce la résilience énergétique et la compatibilité du réseau avec des gaz à faibles émissions sur le long terme.
- Décarbonation industrielle : le biocarbone et la bioénergie solide sont pensés comme leviers pour remplacer le charbon dans les procédés difficiles à électrifier.
- Compatibilité réseau : le GNR est considéré comme injectable à grande échelle dans le réseau gazier existant, facilitant l'intégration.
- Développement territorial : un modèle modulaire de transformation des résidus favorise l'activité locale dans les régions forestières.
Limites et défis
Plusieurs incertitudes persistent. Le ratio coût/compétitivité du GNR face au gaz fossile dépendra des soutiens publics, des coûts de collecte et de transformation de la biomasse, et de la structure des marchés du carbone. L'hydrogène, bien que prévu dans le PGIRE, est reconnu comme limité par des contraintes techniques pour une injection comparable. Enfin, la durabilité de la filière forestière doit être assurée pour éviter des impacts négatifs sur la biodiversité et le stockage de carbone des forêts.
| Élément | Valeur ou position |
|---|---|
| Période du plan | 2026-2050 |
| Montant d'investissement | 87 milliards $ sur 25 ans |
| Secteurs ciblés | Bioénergie, Électricité, Hydrogène, Captage du carbone |
| Bioénergie priorisée | GNR et biocarbone issus de résidus forestiers |
En pratique, la mise en oeuvre du PGIRE nécessitera des décisions réglementaires, des mécanismes de soutien à l'investissement et des garanties de durabilité. Pour les entreprises comme CHAR Technologies, le plan offre un cadre porteur ; pour les collectivités et l'environnement, il pose la question de l'équilibre entre valorisation de la biomasse et préservation des fonctions écologiques des forêts. Au-delà du Québec, cette stratégie illustre une tendance plus large : la recherche de solutions locales et matérielles (bioénergie, biocarbone) pour accompagner la décarbonation des secteurs où l'électrification reste difficile et pour sécuriser les réseaux énergétiques régionaux sur la longue durée.