Des formations à l'IA déployées, mais souvent superficielles
Le 2e Baromètre national de l'IA dans les RH, publié par Parlons RH, dresse un état des lieux contrasté des pratiques des entreprises françaises en matière de formation aux technologies d'intelligence artificielle. Si une large part des organisations a engagé des actions de formation sur l'IA, ces dispositifs restent, selon l'enquête, encore trop souvent peu approfondis lorsqu'il s'agit des architectures et systèmes autonomes — ce que le baromètre désigne sous le terme « IA agentique ».
Le document souligne un chiffre marquant : seules 19 % des entreprises formatrices proposent des parcours dédiés à l'IA agentique, c'est‑à‑dire des intelligences conçues pour fonctionner de manière autonome. En parallèle, le baromètre relève que près de 65 % des organisations ont déjà mis en place des parcours de formation relatifs à l'intelligence artificielle, mais ces formations ne couvrent pas forcément les enjeux liés à l'autonomie des agents et à leurs conséquences sur l'organisation du travail.
Ce que cela signifie pour les entreprises, les salariés et les RH
Plusieurs enseignements se dégagent :
- Écart compétences/enjeux : les formations actuelles paraissent adaptées pour familiariser les collaborateurs à des outils d'aide, mais insuffisantes pour anticiper les transformations de postes induites par des agents autonomes.
- Responsabilité des services RH : le baromètre rappelle que les professionnels des ressources humaines jouent un rôle central pour anticiper l'évolution des métiers et orienter la montée en compétences de l'ensemble de l'organisation.
- Risque de désalignement stratégique : si les directions mettent en place des outils IA sans préparer les équipes aux scénarios d'autonomie, elles s'exposent à des ruptures dans les processus, des enjeux de gouvernance et des tensions sociales.
En introduction du baromètre, Manuelle Bermann, rédactrice en chef chez Parlons RH, synthétise ce sentiment ambigu :
« Intégrer l’IA dans les RH, c’est un peu monter dans un ‘train fantôme’. »
Conséquences pratiques et pistes pour aller plus loin
Les résultats invitent les entreprises à passer d'une logique d'information ou d'initiation vers des parcours de formation plus stratégiques et techniques. Concrètement, cela implique :
- la construction de modules spécifiques sur les risques et limites des systèmes autonomes ;
- l'articulation de ces formations avec les politiques de gestion des emplois et compétences ;
- la mise en place d'une gouvernance transversale (IT, juridique, RH) pour encadrer les déploiements.
Le baromètre met en lumière un paradoxe : les entreprises comprennent l'intérêt de l'IA et multiplient les formations, mais une part importante des enjeux véritables — déploiement d'agents autonomes, impacts métiers et gouvernance — reste insuffisamment traitée. Pour les salariés, cela signifie qu'une partie des transformations technologiques pourraient survenir sans préparation complète des compétences nécessaires. Pour les employeurs, l'impératif est désormais d'approfondir les parcours et de les inscrire dans une stratégie RH à long terme, afin d'éviter des ruptures opérationnelles et des tensions sociales lors de l'introduction de systèmes réellement autonomes.
| Indicateur | Valeur rapportée |
|---|---|
| Entreprises ayant déployé des parcours IA | 65 % |
| Entreprises formant à l'IA agentique | 19 % |
Le baromètre appelle donc à une évolution qualitative des formations : au-delà de la sensibilisation, les entreprises doivent investir dans des programmes qui permettent aux collaborateurs d'appréhender la nature, les limites et les conséquences des intelligences autonomes, afin d'en maîtriser les effets sur l'organisation du travail.