Des anticipations en hausse malgré une énergie attendue moins chère
L'enquête de juin de la Federal Reserve Bank de New York livre un signal économique qui risque de peser sur la politique monétaire américaine. Les ménages interrogés ont relevé leurs anticipations médianes d'inflation à un an de 3,7 %, soit une progression de 0,2 point par rapport au mois précédent et le niveau le plus élevé depuis septembre 2023. Sur l'horizon triennal, l'attente d'inflation s'est également tendue, à 3,3 % (+0,2 point), un sommet depuis juin 2022. L'horizon à cinq ans reste stable à 3,0 %.
Un signal d'autant plus préoccupant pour certains responsables
Cette remontée inquiète notamment des responsables comme Kevin Warsh, car elle ne s'explique pas par un choc sur les prix de l'énergie. Au contraire, les ménages anticipent désormais une hausse des prix de l'essence limitée à 1,5 %, le niveau le plus bas depuis août 2022. Autrement dit, même en l'absence d'un regain attendu des prix de l'énergie, la perception d'une inflation persistante s'est renforcée.
Emploi et confiance : un marché du travail qui ne se détend pas
L'enquête révèle en parallèle que les craintes liées à l'emploi se sont atténuées. La probabilité moyenne déclarée de perdre son travail au cours des douze prochains mois a reculé à 14,1 %, tandis que la probabilité de retrouver un emploi a augmenté à 44,9 %. Cette combinaison — anticipations d'inflation à la hausse et marché du travail toujours solide — rend la conduite de la politique monétaire délicate : la Réserve fédérale doit concilier un objectif d'inflation à 2 % et un contexte d'emploi soutenu.
Conséquences pour la Fed et pour les marchés
- Un regain des anticipations d'inflation réduit la marge de manœuvre de la Fed : maintenir les taux pourrait ne pas suffire si l'inflation perçue continue de se tendre.
- La stabilité relative de l'emploi limite la probabilité d'un net recul de la demande, ce qui pourrait alimenter des pressions inflationnistes persistantes.
- À court terme, le statu quo sur les taux reste possible, mais le seuil justificatif pour de nouvelles hausses paraît abaissé.
Tableau synthétique des principaux chiffres
| Horizon | Anticipation médiane d'inflation |
|---|---|
| 1 an | 3,7 % |
| 3 ans | 3,3 % |
| 5 ans | 3,0 % |
| Prix de l'essence (anticipé) | 1,5 % |
| Probabilité de perdre son emploi (moyenne déclarée) | 14,1 % |
| Probabilité de retrouver un emploi (moyenne déclarée) | 44,9 % |
Pourquoi cela compte pour la France
La trajectoire de la politique monétaire américaine influe directement sur les taux d'intérêt mondiaux, le dollar et les flux financiers. Une Fed contrainte de maintenir une politique restrictive plus longtemps ou de relever à nouveau ses taux peut conduire à un raffermissement des taux longs et à un euro plus faible, ce qui pèse sur l'inflation importée et sur le coût du refinancement pour les entreprises françaises. Pour les ménages et les entreprises en France, cela se traduit potentiellement par des coûts d'emprunt plus élevés et une volatilité accrue sur les marchés financiers.
En clair, une hausse durable des anticipations d'inflation aux États-Unis amène la Réserve fédérale à rester vigilante, et les répercussions de cette prudence sont susceptibles de se faire sentir jusqu'ici, sur les taux, les devises et les conditions de financement.