Une situation de stockage exceptionnelle à l'approche de l'hiver
Les installations de stockage de gaz de l'Union européenne affichaient, au 22 août, un taux de remplissage de 61,7 %, un niveau qualifié de plus bas en 15 ans par le dirigeant d'un grand groupe énergétique européen. Ce constat intervient alors que le cadre réglementaire européen fixe un objectif de 90 % de capacité d'ici le 1er novembre pour constituer une marge de sécurité avant la saison de chauffe.
La trajectoire actuelle des injections et l'accès au gaz naturel liquéfié (GNL) rendent toutefois cet objectif difficilement atteignable. Le cabinet Montel estime que, selon le rythme des apports, les stocks pourraient n'atteindre qu'environ 69 % à la date butoir. À fin juillet, les volumes stockés n'étaient déjà que de 57 %, soit 12 points de moins qu'à la même période l'an dernier et 16 points sous la moyenne des cinq dernières années.
« C'est inquiétant »
La situation se révèle encore plus critique dans certains grands pays consommateurs : l'Allemagne, par exemple, ne disposait que d'environ 46 % de ses capacités de stockage remplies, creusant un écart engagé dès le début de la campagne d'injection et difficile à combler au fil des mois.
Conséquences possibles pour les marchés et les consommateurs
Un niveau de stockage inférieur aux cibles européennes exerce plusieurs pressions simultanées :
- sur les prix de gros du gaz en Europe, avec un risque de volatilité accru à l'approche de l'hiver ;
- sur l'inflation et la facture énergétique des ménages, si les tensions de marché se répercutent jusqu'aux tarifs réglementés ou aux prix de marché auxquels sont indexés certains contrats ;
- sur la sécurité d'approvisionnement, en cas de perturbation des flux, où les marges de stockage sont traditionnellement mobilisées.
Face à cette volatilité, les autorités européennes ont assoupli la réglementation, laissant aux États membres davantage de flexibilité pour atteindre les objectifs. Un seuil « d'exceptions » à 80 % a été envisagé si les conditions de marché ne permettent pas d'atteindre l'objectif initial de 90 %. Mais, comme l'a indiqué un dirigeant du secteur à Reuters,
« Nous ne pensons pas que l'Europe sera en mesure d'atteindre 80 % d'ici l'automne », illustrant l'ampleur du défi.
Chiffres clés
| Date / période | Taux de remplissage |
|---|---|
| 22 août | 61,7 % |
| Fin juillet | 57 % |
| Objectif réglementaire (1er novembre) | 90 % (objectif) / 80 % (seuil envisagé en cas de marché tendu) |
| Projection Montel pour 1er novembre | 69 % (estimation selon rythme d'injection et accès au GNL) |
| Allemagne (début saison de stockage) | ≈ 46 % |
Pour la France, comme pour l'ensemble de l'UE, la marge de manœuvre dépendra des capacités à accélérer les injections, du volume de GNL importable et des décisions politiques visant à prioriser l'usage des stocks. Si les stocks restent insuffisants à l'entrée de l'hiver, les operators et les régulateurs devront arbitrer entre maintien des approvisionnements industriels, prévention des coupures et modération des hausses tarifaires pour les ménages.
Sur le plan économique, un hiver plus serré du point de vue de l'offre renforcerait la pression haussière sur les cours du gaz et, par ricochet, sur l'inflation sous-jacente, amplifiant les tensions déjà présentes sur la croissance. La fenêtre pour corriger la trajectoire est courte : les prochains mois détermineront si l'Europe pourra réduire l'écart avec les objectifs et limiter les répercussions sur les consommateurs.