Un relèvement cadré par la formule officielle
Confirmé le 15 juillet 2026, le taux du Livret A passera de 1,5 % (en vigueur du 1er février au 31 juillet 2026) à 1,7 % à compter du 1er août 2026. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, présente la mesure comme un ajustement fondé sur les données, et non un geste politique. Le calcul du nouveau taux a été proposé par Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, sur la base de la formule officielle qui combine la moyenne semestrielle de l’inflation hors tabac et le taux interbancaire €STR.
« protéger le pouvoir d’achat des Français » face à une « inflation contenue mais réelle » ... une décision « dictée par une réalité économique, par des chiffres »
Cette hausse de 0,2 point vise à aligner, en partie, la rémunération du livret sur les conditions de prix et de marché, sans rupture avec les règles de pilotage connues.
Inflation et rendement réel : l’écart persiste
La progression du taux intervient dans un contexte de prix toujours dynamiques. L’inflation provisoire s’établissait à 1,8 % en juin 2026, après 2,4 % sur un an en mai. L’Insee anticipe une inflation moyenne de 2,0 % sur l’année 2026, avec un possible pic à 2,7 % en décembre, quand d’autres projections pointent 1,8 %. La moyenne du premier semestre est estimée à 1,52 %. Mis en regard, un Livret A à 1,7 % offre un rendement nominal relevé mais un rendement réel qui reste négatif si l’inflation se maintient autour de 1,8 % à 2,0 %.
Ce que rapporte la hausse, en euros sonnants
Sur un capital de référence, le gain additionnel demeure modeste :
| Encours | Avant (1,5 %) | Après (1,7 %) | Différence |
|---|---|---|---|
| 10 000 € | 150 €/an | 170 €/an | +20 €/an |
Avec plus de 58 millions de Livrets A en circulation, l’effet agrégé reste significatif pour les ménages, mais l’érosion par les prix en limite la portée.
Arbitrages des épargnants : décollecte et produits concurrents
Entre janvier et mai 2026, la collecte du Livret A a été négative, avec plus de 5 milliards d’euros de retraits nets. Le signal est clair : une partie des épargnants « vote » avec ses dépôts, face à une rémunération en deçà de l’inflation. Dans ce paysage, le Livret d’Épargne Populaire (LEP) conserve un avantage comparatif immédiat, avec un taux de 2,50 % au 1er août 2026, apportant une protection relative meilleure contre la hausse des prix pour les publics éligibles.
- Livret A à 1,7 % au 1er août 2026
- LEP à 2,50 % à la même date
- Inflation provisoire à 1,8 % en juin 2026, moyenne annuelle visée 2,0 %
Enjeux macroéconomiques : financement et stabilité
Au-delà du rendement individuel, l’ajustement du taux concerne aussi le circuit de financement. La Caisse des Dépôts et Consignations centralise environ 60 % des fonds du Livret A. Ces ressources servent notamment le logement social et, via les relais idoines, l’économie réelle, y compris les PME. Une décollecte prolongée peut compliquer l’équation : préserver l’attractivité pour les épargnants tout en garantissant un coût de financement soutenable pour les bénéficiaires finaux.
Lecture comparée et boussole des taux
La clé de lecture reste comparative. Face à une inflation qui oscille entre 1,5 % et 2,4 % selon les périodes récentes et les anticipations, un Livret A à 1,7 % réduit l’écart sans l’effacer. Le LEP à 2,50 % creuse l’écart de rémunération parmi les produits réglementés accessibles sous conditions. Dans ce cadre, la formule de calcul, rappelée par la Banque de France, agit comme garde-fou : elle limite les écarts durablement négatifs ou, à l’inverse, des bonds qui déstabiliseraient la chaîne de financement.
En synthèse, la revalorisation du Livret A accorde un court répit nominal, sans neutraliser l’inflation attendue pour 2026. Les chiffres, davantage que les discours, guideront les arbitrages des ménages entre liquidité, sécurité et protection contre la hausse des prix.