Un produit phare, mais un accès inégal
Le Livret d’épargne populaire (LEP) concentre désormais 83,6 milliards d’euros d’encours pour 12,3 millions de titulaires à fin mai 2026. Avec un taux fixé à 2,5%, il demeure en 2026 le rendement garanti le plus élevé parmi les livrets réglementés. Pourtant, l’écart entre l’éligibilité et la détention reste marqué : sur 31 millions de personnes pouvant y prétendre, seuls 12,3 millions détiennent effectivement un LEP, laissant 19 millions d’éligibles au bord du chemin.
Un cadre réglementé et défiscalisé
Les livrets réglementés – LEP, Livret A, LDDS – partagent trois atouts structurants : rémunération garantie, exonération fiscale totale sur les intérêts et liquidité immédiate. Le LEP se distingue par son ciblage social, réservé aux ménages dont le revenu fiscal de référence (RFR) ne dépasse pas des seuils précis. En 2026, la barre est fixée à 22 419 € pour une personne seule et 44 838 € pour un couple sans enfant.
Progression rapide des ouvertures… et tassement des rendements
La diffusion du LEP a nettement progressé : de 6,9 millions de livrets en 2021 à 12,3 millions en avril 2026, un niveau proche de l’objectif de 12,5 millions annoncé à l’automne 2023. Cette montée en puissance s’est toutefois accompagnée d’une normalisation de la rémunération : le taux a été divisé par deux en deux ans. Le produit conserve néanmoins son statut de référence sur le segment garanti.
« la politique de soutien au LEP a porté ses fruits »
Cette appréciation, attribuée à Emmanuel Moulin en juillet 2026, illustre le bilan contrasté : une base d’épargnants élargie, mais une partie substantielle des bénéficiaires potentiels demeure non équipée.
Qui profite réellement du meilleur taux ?
Derrière l’affichage d’un rendement supérieur, la réalité diffère selon la capacité d’épargne des ménages. Les titulaires qui parviennent à immobiliser une épargne de précaution régulière captent le plein effet du 2,5%. À l’inverse, pour des budgets serrés, la fréquence de retraits et les soldes faibles amoindrissent l’intérêt financier cumulé, malgré l’absence d’impôt et de prélèvements sociaux.
Accessibilité : les critères qui font la différence
- Seuils de RFR : accès réservé en 2026 jusqu’à 22 419 € pour une personne seule, 44 838 € pour un couple sans enfant.
- Garantie de l’État : comme les autres livrets réglementés, la rémunération et les règles sont fixées par les pouvoirs publics.
- Fiscalité : intérêts totalement exonérés d’impôt et de prélèvements sociaux.
- Liquidité : fonds disponibles à tout moment, sans pénalité.
Les chiffres-clés à mettre en regard
| Indicateur | LEP (2026) |
|---|---|
| Titulaires | 12,3 millions |
| Encours | 83,6 milliards € |
| Taux | 2,5% |
| Population éligible | 31 millions |
| Non-détenteurs éligibles | 19 millions |
| Évolution du nombre de LEP | 6,9 millions (2021) → 12,3 millions (avril 2026) |
Arbitrages: rendement, sécurité et réalité budgétaire
Face aux autres livrets réglementés, le LEP offre le meilleur taux garanti en 2026, sans impôt et avec une liquidité immédiate. En contrepartie, son accès est limité par des plafonds de revenus. L’arbitrage se joue donc entre sécurité et rendement garanti d’un côté, et, de l’autre, capacité effective à épargner pour concrétiser ce rendement. Pour les ménages éligibles mais non équipés, la méconnaissance des mécanismes ou des critères d’accès peut aussi constituer un frein, au-delà des seules contraintes de budget.
Ce que cela dit des fractures financières
Le décalage entre éligibilité et détention met en lumière une réalité : l’épargne réglementée, pourtant protectrice et défiscalisée, ne touche pas uniformément les publics qu’elle vise. Tant que des millions d’éligibles resteront sans LEP, le meilleur taux garanti bénéficiera prioritairement aux ménages capables d’alimenter régulièrement leur livret. L’enjeu est donc autant d’accès que d’usage effectif.