Comprendre le décalage entre le Livret A et les taux d'État
Depuis le 1er août, le Livret A sert un taux de 1,70 %. Dans le même temps, le rendement des obligations d'État à dix ans (OAT 10 ans) s'établit à 4,10 %, un plus haut inédit depuis plus de dix-sept ans. Ce constat soulève une question simple : pourquoi la rémunération réglementée de l'épargne ne « suit » pas la hausse du coût de la dette publique ?
La formule qui fixe le taux du Livret A
La loi et les textes règlementaires n'ont pas laissé de place à un ajustement arbitraire : le taux du Livret A est déterminé par une formule publiée et appliquée par la Banque de France et l'État. Cette formule combine deux éléments mesurés sur six mois :
- le €STR (taux monétaire court de la zone euro) ;
- l'inflation hors tabac (moyenne semestrielle).
Un plancher à 0,5 % s'applique également. Aucun paramètre lié directement aux taux longs (comme l'OAT) n'entre dans ce calcul. C'est la raison principale du différentiel observé aujourd'hui.
Les chiffres pris en compte pour la révision d'août
Pour la révision appliquée le 1er août, la moyenne semestrielle retenue était de 1,52 % pour l'inflation hors tabac et de 1,95 % pour le €STR. La formule donnant la moyenne de ces deux composantes a abouti au taux de 1,70 %.
| Indicateur | Valeur retenue |
|---|---|
| OAT 10 ans | 4,10 % |
| €STR (moyenne semestrielle) | 1,95 % |
| Inflation hors tabac (moyenne semestrielle) | 1,52 % |
| Livret A (taux appliqué) | 1,70 % |
Calendrier et possibilités de révision
Le taux du Livret A est réexaminé deux fois par an : au 1er février et au 1er août, sur la base des calculs établis respectivement au 15 janvier et au 15 juillet. Une procédure exceptionnelle existe toutefois : si la Banque de France estime qu'un mouvement brusque des marchés monétaires ou de l'inflation le justifie, elle peut proposer une révision au 1er mai ou au 1er novembre. Cette voie reste toutefois réservée aux variations importantes et n'est pas automatique.
Conséquences pour l'épargnant
Concrètement, un épargnant qui compare aujourd'hui le rendement du Livret A avec le rendement des emprunts d'État constate un écart important. Mais cet écart s'explique par la nature différente des indicateurs :
- les taux longs reflètent la prime de risque et les attentes à long terme des investisseurs sur la France ;
- le €STR reflète les conditions de financement à court terme dans la zone euro, sous l'influence de la politique de la Banque centrale européenne ;
- l'inflation hors tabac mesure la progression des prix « hors éléments volatils » sur une période semestrielle.
Pour l'instant, la formule réglementaire maintient une distance entre la rémunération du Livret A et les taux longs. Les épargnants souhaitant des placements indexés sur les rendements de marché devront donc évaluer d'autres supports, en pesant rendement, risque et fiscalité.