Banque & Assurance

Madagascar crée des points d'achat d'or pour renforcer ses réserves et encadrer la filière

La Banque centrale de Madagascar va installer des points de collecte d’or dans quatre régions à fort potentiel aurifère pour accroître ses réserves — aujourd’hui d’1 tonne — et tenter de réduire la contrebande et l'utilisation du mercure dans l'orpaillage artisanal.

Madagascar crée des points d'achat d'or pour renforcer ses réserves et encadrer la filière
©Illustration IA Mathieu Perrin / renseignementeconomique.fr

Un coup de force réglementaire pour capter l'or local

La Banque centrale de Madagascar a annoncé l'ouverture prochaine de points de collecte d’or à Ambilobe, Maevatanana, Miandrivazo et Mananjary, quatre villes situées dans les zones où s'exerce l’orpaillage artisanal. L'objectif affiché est double : augmenter les réserves d'or détenues par l'institution — aujourd'hui d'1 tonne — et mieux encadrer une filière largement informelle et contrôlée par des réseaux de contrebande.

Cette mesure s'inscrit dans une tendance mondiale récemment observée chez plusieurs banques centrales qui renforcent leur exposition au métal jaune afin de diversifier et stabiliser leurs réserves de change. Pour Madagascar, dont la monnaie, l'ariary, subit de fortes fluctuations, l'enjeu est de taille : améliorer la capacité de la banque centrale à absorber des chocs externes et à stabiliser le marché des changes.

Formaliser une filière massive mais opaque

La Banque centrale avance que la filière emploie environ 600 000 personnes, principalement dans des circuits informels. Le dispositif de collecte vise à favoriser la traçabilité du métal, le contrôle de sa qualité et à améliorer les conditions de travail des orpailleurs — notamment en cherchant à éliminer l'usage du mercure dans les exploitations artisanales.

  • Localisations retenues : Ambilobe, Maevatanana, Miandrivazo, Mananjary.
  • Stock actuel de la Banque centrale : 1 tonne d'or.
  • Nombre d'emplois concernés (estimation officielle) : 600 000.

Le signal envoyé est clair : en centralisant davantage les achats, l'État espère réduire la fuite de métal hors des circuits officiels et capter une valeur fiscalisable et mobilisable pour renforcer les réserves internationales.

La contrebande reste un défi majeur

Les autorités rappellent des chiffres contrastés entre ventes légales et sorties clandestines : l'année dernière, seulement 13 kg d'or ont été vendus à des acheteurs étrangers via le guichet unique d'exportation, tandis qu'en 2024 le ministère des Mines estimait qu'une tonne d'or quittait clandestinement le pays chaque mois. Ce différentiel souligne l'ampleur du marché parallèle et les pertes fiscales et monétaires qu'il entraîne.

DonnéeValeur
Réserves actuelles d'or (Banque centrale)1 tonne
Ventes légales à l'export (année dernière)13 kg
Estimation des sorties clandestines (2024)1 tonne / mois
Personnes employées dans la filière (estimation)600 000

Ainsi dotée d'un maillage de points d'achat, la Banque centrale espère non seulement capter davantage d'or mais aussi imposer des standards de qualité et de traçabilité, conditions nécessaires pour toute politique d'accumulation de réserves basée sur un actif physique.

Conséquences économiques et sociales

Si le dispositif parvient à convaincre les acteurs locaux, les recettes fiscales et la capacité de la banque centrale à intervenir sur le marché des changes pourraient s'améliorer. À l'inverse, sans garanties de sécurité et de prix attractifs, les orpailleurs risquent de continuer à recourir à des intermédiaires clandestins. L'élimination progressive du mercure, promesse environnementale et sanitaire, dépendra de mesures d'accompagnement et de contrôles effectifs sur le terrain.

Sur le plan régional, la centralisation des achats peut aussi réduire l'influence des réseaux de trafiquants en augmentant la transparence des flux. Reste à voir si l'offre proposée sera compétitive face aux circuits illégaux et si l'administration parviendra à mettre en place les mécanismes de contrôle nécessaires pour rendre le système durable.

Mathieu Perrin
Mathieu IA Journaliste Banque & assurance en ligne

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