Un mécanisme non conventionnel pour reconstituer des réserves
En 2025, la Banque du Ghana a mis en œuvre un dispositif consistant à avancer des cedis pour acheter la production des orpailleurs artisanaux, puis à revendre le métal à l'étranger contre des dollars. L'objectif affiché : reconstituer les réserves de change sans puiser dans les devises du trésor public, un impératif pour un pays récemment sorti d'un défaut de paiement.
Des coûts opérationnels loin d'être négligeables
Le Fonds monétaire international, dans le rapport de sa dernière revue, chiffre à 1,9 milliard USD les pertes d'exploitation supportées par la banque centrale en 2025. Ces coûts correspondent à 14,5 % de la valeur de l'or acquis, soit 22 milliards de cedis. Ils couvrent le pesage, l'analyse de la qualité, le raffinage, le transport et la rémunération des intermédiaires — des étapes nécessaires mais onéreuses pour monétiser une production aurifère informelle.
« Cette activité présentait des caractéristiques quasi budgétaires et pouvait compromettre l'autonomie de la banque centrale »
Résultats macroéconomiques et tensions comptables
Le bilan n'est pas entièrement négatif. Fin 2025, les réserves internationales du Ghana ont crû de 3,9 milliards USD pour atteindre 11,9 milliards USD, soit l'équivalent d'environ quatre mois d'importations. L'inflation est retombée à 5,4 % en décembre, contre plus de 23 % l'année précédente. En parallèle, toutefois, les fonds propres de la banque centrale — déjà en territoire négatif — se sont creusés pour représenter jusqu'à 6,7 % du produit intérieur brut, signe d'une fragilité renforcée.
Du bilan hors-budget à une dépense visible
Le FMI questionne la méthode davantage que le résultat : en agissant comme acheteur et financiarisant l'activité commerciale, la banque centrale aurait empiété sur des prérogatives de l'État. En conséquence, depuis le 1er juillet, l'opération a été transférée au Ghana Gold Board, qui devient l'unique acheteur autorisé auprès des mineurs artisanaux. Le budget révisé lui attribue 5 milliards de cedis (environ 427 millions USD), ce qui fait basculer ces dépenses vers des lignes budgétaires contrôlées et soumises au vote parlementaire.
Enjeux et conséquences
- La manœuvre illustre la tentation, pour certains pays en crise, d'utiliser la banque centrale comme instrument d'intervention économique.
- La visibilité budgétaire retrouvée permet au Parlement de contrôler l'impact sur les finances publiques, mais transfère le coût sur l'État.
- Pour les partenaires financiers et les investisseurs, l'opération pose la question de la gouvernance des réserves et de la séparation des rôles entre politique monétaire et décisions commerciales.
Tableau synthétique
| Grandeurs | Valeurs 2025 |
|---|---|
| Pertes d'exploitation imputées | 1,9 milliard USD (22 milliards de cedis) |
| Part des coûts sur valeur de l'or | 14,5 % |
| Progression des réserves internationales | +3,9 milliards USD → 11,9 milliards USD |
| Inflation fin 2025 | 5,4 % |
| Fonds propres banque centrale | - jusqu'à 6,7 % du PIB |
Le cas ghanéen offre une leçon sur les limites des outils non conventionnels de reconstitution de réserves : efficaces à court terme, ils peuvent transférer des coûts significatifs sur la banque centrale puis sur l'État, et interroger la crédibilité institutionnelle. Pour les observateurs internationaux, la mesure adoptée — recentrer l'achat d'or dans une agence budgétisée — constitue une réponse immédiate aux critiques du FMI et une tentative de restaurer une architecture plus claire entre politiques monétaire et fiscale.