Une majorité des personnes exclues du système d'indemnisation se tourne vers le revenu d'intégration
Les premières vagues de la réforme de l'assurance chômage produisent déjà des effets tangibles sur le terrain social. Sur les six premiers mois de l'année, environ 99 000 bénéficiaires ont perdu le droit à leurs allocations; parmi eux, 52 600 ont introduit une demande de revenu d'intégration auprès des CPAS, selon des données compilées par le Service public fédéral Intégration sociale et relayées par la presse économique.
De ces demandes, 43 600 ont été acceptées, soit un taux d'acceptation de 83%. Environ 9 000 dossiers ont été rejetés, principalement lorsque les revenus du ménage dépassaient les plafonds d'éligibilité.
Ce que ces chiffres signifient pour les personnes concernées
La proportion de personnes qui perçoivent effectivement un revenu d'intégration dépasse sensiblement l'estimation avancée par le gouvernement lors de l'annonce de la limitation des allocations de chômage à deux ans. À l'échelle nationale, un peu plus de 44% des exclus bénéficient désormais d'une prise en charge sociale via les CPAS. Pour les salariés privés de revenu d'indemnisation, ouvrir une procédure au CPAS constitue souvent la solution la plus rapide pour conserver un filet de sécurité, même si les montants et conditions diffèrent de l'allocation de chômage.
Des contrastes régionaux marqués
Les comportements et les taux d'accès varient fortement selon les régions :
- Flandre : ~34% des personnes exclues ont saisi un CPAS;
- Bruxelles : ~43,9%;
- Wallonie : près de 49%.
Ces écarts renvoient à des dynamiques locales d'emploi, à des niveaux de pauvreté différents, mais aussi à des pratiques administratives et à la capacité d'information des publics concernés.
Perspectives et trajectoires : emploi, santé, protection sociale
Les données initiales fournies par l'ONEM sur les premières vagues indiquent que 10% des personnes exclues ont retrouvé un emploi et que 9% ont été prises en charge par l'assurance maladie. Ces chiffres montrent que, pour une part non négligeable, la sortie du régime d'indemnisation n'entraîne pas automatiquement une bascule vers le revenu d'intégration, mais peut résulter d'une recomposition des statuts (emploi, incapacité temporaire, autres dispositifs).
Un mouvement qui va s'amplifier
La mise en oeuvre de la réforme ne fait que commencer : au total, près de 180 000 personnes devraient perdre leurs allocations d'ici juillet 2027. Si les tendances observées se confirment, plusieurs dizaines de milliers d'anciens allocataires rejoindront les guichets des CPAS dans les mois et années à venir, avec des conséquences lourdes pour l'organisation des services sociaux et les finances communales.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Personnes ayant perdu leurs allocations (jan-juin) | ~99 000 |
| Demandes de revenu d'intégration | 52 600 |
| Demandes acceptées | 43 600 (83%) |
| Demandes refusées | ~9 000 |
| Part nationale recevant un RI | ~44% |
Conséquences pour les acteurs
Pour les demandeurs d'emploi, l'enjeu est double : trouver une solution de secours financière et, pour beaucoup, accéder à un accompagnement vers l'emploi. Pour les CPAS, l'afflux de dossiers va demander des moyens supplémentaires, tandis que les employeurs et les politiques publiques devront suivre l'évolution des trajectoires (retour à l'emploi, bascule vers d'autres prestations) pour apprécier l'efficacité de la réforme.
En l'état, ces données préliminaires montrent que la mise en oeuvre de la limitation de la durée d'indemnisation ne se traduit pas automatiquement par un retour massif à l'emploi. Elle entraîne surtout une recomposition des dispositifs de protection sociale et met en lumière des différences régionales importantes qui appellent des réponses ciblées.