Un basculement massif vers les CPAS après la réduction des droits
Entre janvier et fin juin, environ 99 000 personnes ont perdu leurs allocations de chômage. Parmi elles, 52 600 ont demandé un revenu d'intégration (RI) auprès d'un CPAS, soit un taux de recours supérieur à 53 %, selon des chiffres du SPP Intégration sociale rapportés par L'Echo.
Des décisions majoritairement favorables, mais des refus significatifs
Sur ces 52 600 demandes, 43 600 ont été accordées, représentant 83 % des dossiers instruits. Près de 9 000 demandes ont été refusées, généralement au motif que les revenus du foyer étaient jugés trop élevés. À l'échelle nationale, un peu plus de 44 % des personnes exclues perçoivent aujourd'hui un RI.
Des disparités régionales prononcées
La répartition territoriale met en lumière des comportements et des contextes sociaux différents :
- Flandre : ~34 % des personnes concernées ont saisi un CPAS;
- Bruxelles : ~43,9 %;
- Wallonie : près de 49 %.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Nombre exclus (janv-juin) | ~99 000 |
| Demandes de RI déposées | 52 600 |
| Demandes acceptées | 43 600 (83 %) |
| Demandes refusées | ~9 000 |
| Part bénéficiant d'un RI (pays) | ~44 % |
Ce que cela change pour les personnes et pour le marché du travail
La bascule d'une partie importante des exclus du chômage vers le revenu d'intégration traduit une transformation concrète des filets de protection sociale. Pour des dizaines de milliers de ménages, le RI représente souvent une ressource de dernier recours, avec des modalités et des niveaux de soutien différents des allocations chômage. Les refus — principalement liés aux revenus du foyer — soulignent que la sortie des droits peut pousser des personnes dans des situations financières vulnérables mais non automatiquement éligibles au RI.
Les premières analyses de l'Onem, limitées aux premières vagues, indiquaient que ~10 % des exclus avaient retrouvé un emploi et ~9 % étaient prises en charge par l'assurance maladie. Ces premiers chiffres montrent que seule une minorité s'est réinsérée rapidement sur le marché du travail, ce qui pose la question de l'efficacité des mesures d'accompagnement et de la disponibilité d'emplois adaptés.
Perspective à court et moyen terme
Les prochaines vagues d'exclusion, déjà programmées, devraient porter le total des personnes concernées à ~180 000 d'ici juillet 2027. Cela implique une pression croissante sur les CPAS, appelés à instruire des dossiers en nombre, et sur les services publics de l'emploi et d'accompagnement. Pour les employeurs, le changement peut se traduire par une plus grande rotation sur certains postes ou par des besoins renforcés en formation et en médiation vers l'emploi.
En pratique, la question clé pour les pouvoirs publics et les acteurs de l'emploi est désormais double : limiter les situations de précarité générées par la suspension des allocations et renforcer les dispositifs permettant une insertion durable sur le marché du travail. Les chiffres récents montrent que le basculement n'est pas neutre pour les ménages ni pour l'organisation des services sociaux.