Un tiers des 55‑64 ans formés en France contre plus d’un sur deux en Scandinavie
Le Haut‑commissariat à la stratégie et au plan tire la sonnette d'alarme : malgré une amélioration pour les 55‑59 ans, la France peine à maintenir les plus de 60 ans sur le marché du travail. Le rapport publié ce mercredi met en lumière des ruptures de parcours entre activité et retraite et identifie des facteurs structurels — conditions de travail, accès à la formation, et inégalités selon les catégories socioprofessionnelles — qui expliquent pourquoi une part non négligeable des préretraités quitte prématurément l'emploi.
Les auteurs rappellent que, si le taux d'emploi pour les 55‑59 ans a rejoint voire dépassé la moyenne européenne en lien avec le recul de l'âge de départ à la retraite, la situation se dégrade pour les 60‑64 ans. À 61 ans, «
on a quand même plus d'une personne sur quatre qui n'est ni en emploi ni à la retraite», a expliqué Emmanuelle Prouet lors de la présentation, une formulation reprise dans le rapport. Autrement dit, plus de 25 % des personnes de cet âge sont déjà sorties du marché du travail alors qu'elles ne peuvent pas encore liquider leur pension.
Des sorties anticipées concentrées sur les métiers pénibles et peu qualifiés
Le document pointe un phénomène inquiétant pour la cohérence des trajectoires professionnelles : parmi les ouvriers et les personnes occupant des emplois peu qualifiés, près de 40% « partent de façon précoce » du marché du travail avant l'âge de la retraite. Ces sorties précoces aggravent les fragilités financières et sociales des travailleurs concernés et accroissent les difficultés de remplacement pour les employeurs dans certains secteurs.
Formation : double déficit d'investissement et d'accès
Sur la formation, le contraste est net. Les experts notent un double déficit : moins d'investissements destinés aux seniors et un accès réduit aux dispositifs de développement des compétences. Entre 2022 et 2024, seuls un tiers des 55‑64 ans ont suivi une formation en France, contre des taux supérieurs à la moitié dans des pays comme la Suède et le Danemark, selon le rapport.
| Indicateur | France (2022‑2024) | Suède / Danemark |
|---|---|---|
| Part des 55‑64 ans ayant suivi une formation | ~33% | >50% |
| Sorties précoces parmi ouvriers / emplois peu qualifiés | ~40% | — |
| Part des 61 ans ni en emploi ni retraité | >25% | — |
Quelles conséquences pour les salariés et les employeurs ?
- Pour les salariés : un risque de perte de revenus et d'accessibilité réduite à la retraite pour ceux qui quittent le marché du travail avant d’avoir accumulé leurs droits.
- Pour les employeurs : des départs prématurés amplifient la pénurie de compétences dans certains métiers et rendent plus complexe la gestion des parcours et des âges.
- Pour les politiques publiques : le rapport invite à agir en amont — prévention des pénibilités, adaptation des postes, et renforcement de la formation tout au long de la vie.
Le haut‑commissaire Clément Beaune a insisté sur la nécessité d'ouvrir le débat sur « les conditions de travail » et l'articulation entre activités professionnelles et retraite à mesure que l'âge effectif de départ recule. Eva Tranier, co‑autrice, a souligné l'importance d'augmenter l'investissement et l'accès à la formation pour les plus âgés afin d'éviter que des salariés ne quittent prématurément le marché du travail faute de solutions d'adaptation.
À l'heure où la France débat des équilibres financiers des retraites et des politiques d'emploi, ce rapport replace la question des mobilités professionnelles des seniors au cœur des choix à venir : maintenir dans l'emploi plus longtemps implique des mesures ciblées sur les conditions de travail, la santé au travail et un effort accru pour la formation des actifs âgés.