Un bilan contrasté du pouvoir d'achat sur cinq ans
La photographie dressée par l’Insee et la Dares sur la période 2019-2024 éclaire un paysage salarial français profondément marqué par la crise sanitaire et l’inflation. Selon cette étude, seuls 35 % des métiers ont vu leur pouvoir d’achat progresser. Pour l’ensemble des salariés à temps plein du secteur privé (hors agriculture), le salaire net moyen atteignait 2 800 € par mois en 2024 : une hausse nominale de 16 % en cinq ans, ramenée à une progression réelle de seulement 0,8 % une fois la hausse générale des prix prise en compte.
Ce que cela change concrètement sur la fiche de paie
Mis en euros courants, un salaire moyen de 2 800 € par mois en 2024 traduit une augmentation d’environ +448 € par mois depuis 2019 en valeur nominale (soit +16 %). Mais corrigée de l’inflation, la hausse réelle n’équivaut qu’à environ +22 € par mois (soit +0,8 %). Autrement dit, une grande partie des revalorisations a été absorbée par la hausse des prix, limitant le gain de pouvoir d’achat ressenti par les ménages.
Des gagnants identifiés, surtout dans la santé
La dynamique n’a pas été la même pour tous. L’étude signale des hausses de pouvoir d’achat proches de +6 % pour plusieurs professions de santé : dentistes, psychologues et vétérinaires. Les médecins et pharmaciens suivent également cette tendance, soutenue par des mesures publiques engagées pendant la crise sanitaire, dans le cadre du Grenelle de la santé. Ces revalorisations ont davantage protégé ces métiers de l’érosion inflationniste.
Des métiers fragilisés par l’inflation
À l’inverse, certaines catégories ont vu leur pouvoir d’achat reculer. Les professions de l’information, des arts et du spectacle enregistrent une baisse d’environ −7 %. Les ingénieurs et cadres techniques subissent une diminution d’environ −4 %. Pour les foyers concernés, cela signifie un budget mensuel amputé malgré des salaires parfois en progression en euros courants.
Qui a gagné, qui a perdu ? Les repères clés
- 121 métiers sur 343 en hausse de pouvoir d’achat : soit un peu plus d’un tiers.
- 2 800 € nets par mois en moyenne en 2024 (hors agriculture, salariés à temps plein du privé).
- +16 % en nominal sur 2019-2024, mais seulement +0,8 % en réel après inflation.
- Métiers de la santé: gains proches de +6 % de pouvoir d’achat pour dentistes, psychologues, vétérinaires ; progression aussi chez médecins et pharmaciens.
- Information/arts/spectacle: environ −7 % ; ingénieurs et cadres techniques: environ −4 %.
| Indicateur | Niveau / Évolution |
|---|---|
| Salaire net moyen (2024) | 2 800 € par mois |
| Évolution nominale 2019-2024 | +16 % |
| Évolution réelle (pouvoir d’achat) | +0,8 % |
| Métiers en hausse de pouvoir d’achat | 121 / 343 (35 %) |
| Métiers gagnants (exemples) | Dentistes, psychologues, vétérinaires (~+6 %) |
| Métiers en recul (exemples) | Information/arts/spectacle (~−7 %) ; ingénieurs/cadres techniques (~−4 %) |
Lecture pour les ménages et pour les branches
Pour un foyer vivant d’un salaire proche de la moyenne, l’équation est claire : malgré des hausses affichées sur la fiche de paie, l’inflation a rogné l’essentiel du gain. Un +0,8 % de pouvoir d’achat représente à peine une vingtaine d’euros par mois autour de 2 800 € nets. Dans les branches en repli, la contrainte budgétaire est plus visible avec des pertes de pouvoir d’achat cumulées.
À l’échelle des entreprises et des branches professionnelles, ces écarts invitent à cibler les négociations salariales là où l’érosion a été la plus forte. Ils confirment aussi que des mesures publiques sectorielles, comme celles intervenues pendant la crise dans la santé, peuvent infléchir la trajectoire du pouvoir d’achat lorsqu’elles sont suffisamment calibrées pour compenser l’inflation.