Un retournement d'appréciation sur l'inflation
Christopher Waller, gouverneur de la Réserve fédérale (Fed), a déclaré lors d'une conférence à Rome que l'inflation élevée représente désormais le principal risque pesant sur la banque centrale américaine. Sa prise de parole marque une inflexion notable par rapport aux mois précédents, où certains responsables privilégiaient des baisses de taux face à un marché du travail jugé fragile.
« Il y a un an, je préconisais des baisses de taux car le marché de l'emploi ne semblait pas solide ; j'étais donc prêt à tolérer un retour plus lent vers notre objectif d'inflation de 2 % en raison de la situation de l'emploi »
Waller indique que la situation s'est inversée : le marché du travail paraît plus stable et l'inflation a accéléré, ce qui modifie l'ordre des priorités pour la politique monétaire. Concrètement, cela signifie que la Fed pourrait resserrer sa position — par des hausses de taux — si les prochaines données sur les prix restent élevées.
Les données à suivre et le calendrier
Plusieurs jalons rapprochent l'économie américaine d'une décision potentiellement plus restrictive :
- Publication des indices des prix à la consommation pour juin le 14 juillet, présentée comme un indicateur final clé avant la réunion de la Fed de fin juillet.
- Réunion de la Fed prévue les 28 et 29 juillet, où la question d'un relèvement pourrait être officiellement discutée.
Les commentaires de Waller interviennent après un rapport sur l'emploi en juin faisant état de créations de postes inférieures aux attentes, mais d'une baisse du taux de chômage à 4,2 % contre 4,3 % en mai. Ces chiffres montrent un marché du travail qui ne fléchit pas assez pour rendre prioritaire un assouplissement monétaire.
Impacts sur les marchés et probabilités de resserrement
Les marchés évaluent désormais la probabilité d'une hausse des taux à court terme : la possibilité d'un relèvement en juillet est estimée par certains acteurs à environ une chance sur quatre, tandis que nombre d'observateurs penchent pour une action en septembre si la trajectoire de l'inflation se confirme.
| Indicateur | Valeur citée |
|---|---|
| Taux de chômage (juin) | 4,2 % |
| Taux de chômage (mai) | 4,3 % |
| Prix du pétrole (référence évoquée) | ~70 dollars le baril |
Le prix du pétrole, revenu autour de 70 dollars le baril, est un facteur externe susceptible de modérer la dynamique inflationniste mondiale. Mais dans leurs projections post-réunion de juin, des responsables de la Fed estiment que leur mesure privilégiée d'inflation pourrait rester plus d'un point au-dessus de l'objectif de 2 % à la fin de l'année, laissant la porte ouverte à des resserrements.
Pourquoi cela importe pour la France
La trajectoire de la politique monétaire américaine pèse sur les taux d'intérêt mondiaux, les taux longs et l'appétit pour le risque. Pour l'économie française, des hausses de taux outre-Atlantique peuvent :
- faire remonter les taux longs en Europe, alourdissant le coût de la dette publique et privée ;
- renforcer le dollar et peser sur l'euro, affectant exportations et importations ;
- modifier la valorisation des actifs financiers, via une rotation des portefeuilles internationaux.
Au total, la mise en garde de Christopher Waller rappelle que la Fed reste très attentive aux chiffres d'inflation et que la fenêtre pour un maintien prolongé de politiques accommodantes s'est rétrécie. Les prochaines publications de l'inflation américaine et la réunion des 28-29 juillet serviront de test décisif pour savoir si ce risque élevé d'inflation se traduira par des hausses effectives de taux.