Une stratégie digitale qui rebattait les cartes du conseil en officine
Sigvaris, fabricant de solutions de compression médicale, a inauguré début mai une plateforme de vente en ligne destinée aux patients munis d’une ordonnance. Le service permet de commander ou de réserver des produits de contention avant de récupérer l’article auprès d’un pharmacien ou d’un orthopédiste partenaire. Selon le fabricant, la plateforme a déjà intégré plus de 5 000 professionnels, essentiellement des officines, et doit, selon lui, générer du trafic pour ces points de vente.
Les syndicats dénoncent une « désintermédiation » du pharmacien
Les représentants des pharmaciens, à commencer par l'USPO et la FSPF, voient la manœuvre d’un mauvais œil. Leur critique porte moins sur l'existence d'un canal digital que sur les conséquences pratiques pour le conseil et l'adaptation des produits. Pour eux, la commande en ligne suivie d'un retrait en officine risque d'éliminer le moment clé où le pharmacien mesure, conseille et ajuste un dispositif médical remboursable.
« Ce qui me gêne, ce n’est pas qu’ils développent un e‑commerce, mais que n’importe qui puisse acheter des bas de contention et se les faire livrer dans une officine, alors que le pharmacien n’est pas là au moment du choix »,
déclare Pierre‑Olivier Variot, président de l'USPO, qui parle explicitement de désintermédiation progressive. Du côté de la FSPF, Fabrice Camaioni juge que l’initiative envoie un mauvais signal aux pouvoirs publics et au Comité économique des produits de santé (CEPS), rappelant le rôle clinique du pharmacien dans la prise de mesures et le service après‑vente.
Enjeux marketing et économiques pour le fabricant et l'officine
Du point de vue marketing, Sigvaris capitalise sur la tendance lourde du e‑commerce santé: accès facilité, parcours patient numérique, et possibilité de capter des commandes en amont du point de vente. Pour l'industriel, associer un réseau de professionnels partenaires est un argument rassurant destiné à préserver une forme de proximité physique.
- Pour Sigvaris : augmenter le volume d’affaires et intégrer la distribution digitale sans renoncer au réseau physique.
- Pour les syndicats : préserver la valeur ajoutée du conseil pharmaceutique et la sécurité des patients sur des produits remboursables.
- Pour les patients : confort et simplicité d’accès, mais risque d’un ajustement inadéquat des dispositifs.
Conséquences et points de vigilance réglementaires
Ce dossier expose plusieurs zones de tension appelant des réponses réglementaires et commerciales : la traçabilité du conseil, la responsabilité en cas d’erreur d’ajustement, et la rémunération des officines pour un rôle qui pourrait se limiter au retrait. Les autorités de santé et les instances de régulation du remboursement pourraient être sollicitées si le modèle se répand et modifie les pratiques cliniques liées aux dispositifs médicaux remboursables.
| Acteur | Position |
|---|---|
| Sigvaris | Développement d'une plateforme e‑commerce, réseau de > 5 000 partenaires |
| USPO / FSPF | Opposition : crainte de réduction du rôle du pharmacien au retrait |
Le débat met en lumière la tension entre modernisation commerciale et préservation des pratiques professionnelles. À court terme, l'enjeu sera d’observer si le modèle génère réellement du flux utile pour les officines partenaires ou s’il crée une forme d’érosion des missions cliniques du pharmacien. Les industriels du secteur et les syndicats vont devoir clarifier, par accords ou par la voie réglementaire, les conditions d’un e‑commerce responsable pour les dispositifs médicaux remboursables.