Un montage financier hybride pour un corridor gazier de près de 7 000 km
L'Office National des Hydrocarbures et des Mines (ONHYM) a présenté un plan précis pour le financement du gazoduc dit Afrique‑Atlantique Nigeria–Maroc. L'objectif : réunir environ 25 milliards de dollars pour construire une infrastructure longue de presque 6 900 kilomètres reliant le Nigeria au Maroc et desservant treize États riverains de l'Atlantique.
Plutôt que de s'appuyer sur une seule source, le montage retenu combine plusieurs instruments financiers : dette concessionnelle fournie par des banques multilatérales et bilatérales à mandat public, prêts bancaires, apports en fonds propres, financements publics et émissions obligataires ciblées. La gouvernance financière et opérationnelle serait assurée par une société de projet basée à Casablanca.
Qui prendra des parts ?
Le capital de la future entité est pensé pour accueillir un éventail d'acteurs : compagnies nationales de gaz et de pétrole des pays traversés, grands producteurs gaziers africains, investisseurs institutionnels, fonds souverains et véhicules spécialisés dans les infrastructures énergétiques. Ce mélange d'actionnaires vise à répartir risques et responsabilités tout en facilitant l'accès à différentes sources de capitaux.
- Dette concessionnelle : appui des bailleurs publics multilatéraux et bilatéraux.
- Banques commerciales : crédits nationaux, régionaux et internationaux pour compléter le pool.
- Marchés financiers : émissions obligataires sur des places africaines, notamment au Maroc.
La société de projet basée à Casablanca ne se limiterait pas à la levée de fonds : elle assurerait la structuration financière, la conduite des appels d'offres, la conclusion des contrats de construction et, à terme, l'exploitation de l'ouvrage.
Capacités et destinataires du gaz
D'après l'ONHYM, la capacité annuelle envisagée avoisine 30 milliards de mètres cubes. La moitié de ces volumes serait destinée aux marchés européens via une connexion au gazoduc Maghreb‑Europe, le reste approvisionnant les pays africains raccordés au réseau.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Coût estimé | ~25 milliards $ |
| Longueur | ~6 900 km |
| Capacité annuelle | ~30 milliards m³ |
| Pays desservis | 13 États |
Pour les acteurs européens et africains, le projet pose des questions opérationnelles et économiques : conditions d'accès aux réseaux, tarification des volumes, gouvernance transfrontalière et calendrier des financements. L'utilisation d'obligations émises localement, notamment au Maroc, illustre la volonté d'élargir la base de créanciers et d'impliquer les marchés africains dans le partage du risque.
Si la structuration proposée par l'ONHYM semble exhaustive, sa mise en œuvre dépendra de la capacité à sécuriser des engagements publics et privés de long terme, à coordonner treize autorités nationales et à aligner constructeurs, fournisseurs et bailleurs sur un calendrier d'investissement massif.
À l'heure où la sécurité énergétique et la transition bas carbone occupent une place centrale dans les débats européens, ce corridor gazier intercontinental pourrait modifier des équilibres commerciaux et stratégiques — pour peu que se réalisent les engagements financiers et politiques nécessaires à sa concrétisation.